Diana Davis partage ses réflexions sur la vie à l’Institut pendant le confinement

Mathématicienne et chercheuse invitée à l’IHES, elle est arrivée à l'Institut une semaine avant le début du confinement, qu'elle a entièrement passé à la résidence de l'Ormaille.

Diana Davis a soutenu sa thèse à Brown University en 2013 sous la direction de Richard Schwartz. Pendant trois ans elle a été post-doctorante à la Northwestern University, et elle est actuellement professeure invitée à Swarthmore College, pas loin de Philadelphie. Cette visite à l’IHES est sa deuxième ; elle se rend fréquemment en France, et en Ile-de-France en particulier, pour travailler avec Samuel Lelièvre de l’Université Paris-Saclay, et avec d’autres mathématiciens des institutions voisines dans le domaine du billard et des surfaces planes.

 Au cours de son doctorat, elle a remporté un prix international pour une vidéo qui explique le résultat de sa thèse à travers la danse [1]. La vidéo a fait le tour de la communauté mathématique. Diana Davis a publié plus d’une douzaine d’articles, principalement sur des aspects du billard mathématique et des systèmes dynamiques, et donné plus de 100 conférences dans 22 États et 9 pays. Elle innove également en matière d’éducation : elle crée et enseigne des cours de mathématiques de tous niveaux, centrés sur les problèmes et fondés sur la discussion, et elle étudie leur efficacité pédagogique. En dehors de la recherche et de l’enseignement, elle aime pratiquer la course de fond, la voile, voyager et réfléchir sur la manière de construire une communauté et de créer un monde durable.

Je suis très heureuse de me trouver à l’IHES en ce moment. C’est un cadre idyllique qui offre des conditions optimales et c’est un endroit merveilleux où vivre, même pendant cette pandémie.

Je suis arrivée à l’IHES début mars depuis les  Etats-Unis ; j’avais initialement prévu de n’y rester que pendant la semaine de mes vacances de printemps. Peu après mon arrivée, mon établissement a décidé d’organiser des cours en ligne pour le reste du semestre, ce qui signifiait que je n’avais pas besoin de rentrer. L’IHES m’a généreusement autorisée à prolonger ma visite pour la durée de mon visa Schengen. Cette décision a peut-être été facilitée par le fait que la frontière française était fermée et que l’IHES n’acceptait plus de visiteurs, car personne n’aurait pu se servir du bureau ou du studio que j’utilisais.

Pendant ma première semaine ici, alors que tout était encore à peu près normal, j’ai travaillé chaque jour avec mon collaborateur de longue date, Samuel Lelièvre, de l’Université Paris-Saclay ; j’ai donné une conférence à Jussieu et discuté avec d’autres membres de l’Institut à l’heure du déjeuner et du thé quotidiens.  À la fin de cette semaine, la France a été mise en confinement et l’IHES a été fermé jusqu’à nouvel ordre.

Du jour au lendemain, nos vies se sont limitées à la résidence de l’Ormaille et aux vidéoconférences. J’ai continué à travailler longuement avec Samuel sur Skype tous les soirs. J’ai donné plusieurs heures de cours sur Zoom l’après-midi, trois jours par semaine, (le matin sur la côte Est des États-Unis), et j’ai assisté aux réunions Zoom avec des collègues de mon département, tout en restant disponible en ligne pendant les horaires de bureau là-bas.

En semaine, j’ai organisé un thé quotidien, pour remplacer celui qui n’a plus lieu à l’IHES. Pendant environ un mois, cela s’est passé sur Zoom, et nous étions trois ou quatre à apparaître chaque jour à l’écran, avec notre propre tasse de thé et notre goûter. Parfois, d’autres personnes nous rejoignaient en dehors de l’Ormaille : Fanny Kassel, par exemple. Maintenant qu’il fait beau, nous prenons le thé à l’extérieur, assis à quatre mètres de distance sur une grande place ou un pentagone sur la pelouse de l’Ormaille.

La vie est différente pendant l’enfermement, mais elle reste tout de même merveilleuse. Ici, à Bures-sur-Yvette, nous avons tout ce dont nous avons besoin : deux épiceries (Auchan et La Fourmi Verte) accessibles à pied, de jolis endroits pour se promener dans un rayon d’un kilomètre autour de notre maison, et plusieurs grands espaces herbeux au sein de la résidence de l’Ormaille. Les marchés fermiers sont fermés, et les agriculteurs font désormais des livraisons – nous sommes plusieurs à commander ensemble une boîte hebdomadaire de légumes chez Potagez-moi. Nous nous réunissons à l’extérieur, la boîte étant posée sur une table de pique-nique ronde, nous nous répartissons tout autour et passons une heure agréable à discuter et à partager les contributions culinaires.

Le temps a été ensoleillé et chaud, j’ai donc pu garder mes grandes fenêtres ouvertes, et un vent léger et tiède circule dans mon appartement toute la journée. J’ai beaucoup couru en profitant de deux superbes endroits, propices à la course dans notre rayon d’un kilomètre : le campus d’Orsay de l’Université Paris-Saclay, et les sentiers dans la forêt juste au nord de l’université. Début avril, le sol était couvert de petites fleurs violettes. À la mi-avril, les arbres ont fleuri, et des lilas violets et des glycines ont orné les rues de Bures-sur-Yvette. Fin avril, les buissons sont en fleurs et les allées de l’université sont bordées de fleurs blanches des deux côtés.

C’est fantastique  de pouvoir travailler l’après-midi, en raison du décalage horaire de six heures avec la côte Est des États-Unis. Cela me permet de me réveiller naturellement, de courir, de prendre un petit déjeuner, de travailler, puis de commencer à enseigner à 15h30, ce qui est bien plus facile que d’arriver en classe à 9h30.

Comme tout se passe à distance, j’ai pu faire un exposé avec mon collègue Samuel, dans le cadre de notre collaboration. Nous n’avions jamais fait de conférences ensemble, car nous étions rarement au même endroit, mais là, nous avons pu tous les deux présenter les différentes parties de notre exposé via Zoom. J’ai fait une introduction et décrit nos méthodes et nos résultats, puis Samuel a fait une démonstration de notre logiciel en direct.

Ce confinement a été une expérience sociale intéressante. Au fil des années, les gens ont souvent imaginé « qu’à l’avenir, nous resterions tous chez nous et nous nous contenterions d’interagir avec les gens en ligne », mais cette période a montré qu’un tel mode de vie n’est vraiment pas souhaitable. Les gens disent aussi que « de nos jours, les jeunes préfèrent échanger virtuellement avec leurs amis plutôt que de passer du temps avec eux en personne », mais je peux affirmer catégoriquement que mes neveux et nièces donneraient n’importe quoi pour pouvoir retrouver leurs amis dans la vraie vie.

Par ailleurs, j’ai souvent parcouru de grandes distances par le passé, pour donner une conférence ou me présenter à une réunion avec mes collègues, même si c’était compliqué pour moi d’y assister. Aujourd’hui, je peux le faire depuis mon salon, sans contribution aux émissions à effet de serre, sans frais de déplacement, sans frais d’hôtel et sans temps de trajet. J’espère que nous continuerons de faire en sorte que cela continue à l’avenir – que plus de conférences soient enregistrées, que davantage de  conférences ou de réunions puissent être organisées sur Skype ou Zoom, et que cela soit considéré comme un choix raisonnable.

Je suis très reconnaissante à l’IHES de m’avoir accueillie pendant cette période, et pour les amitiés que j’ai nouées avec Katie, Aaron, Alex, Ariyan, Ami et Arthur ici à l’Ormaille pendant cette période étrange et merveilleuse.

 

[1] Cutting Sequences on the Double Pentagon, explained through dance

Malgré le confinement, la communauté scientifique poursuit ses échanges et travaux en ligne

Mendes Oulamara, doctorant à l’Université Paris-Saclay travaillant à l’IHES, partage ses réflexions autour des efforts collectifs déployés par la communauté scientifique pour se réunir autour de séminaires et conférences en ce moment exceptionnel.

Alors que la diffusion du virus COVID-19 a imposé l’annulation de séminaires et conférences partout dans le monde, la communauté scientifique s’organise pour recréer ces moments essentiels dans la vie d’un chercheur. Grâce à la mise en place de séminaires en ligne, les chercheurs trouvent de nouvelles façons de se réunir, discuter et partager leurs idées.

Mendes Oulamara, doctorant à l’Université Paris-Saclay travaillant à l’IHES, partage ses réflexions autour des efforts collectifs déployés par la communauté scientifique en ce moment exceptionnel.

Quand j’étais petit, il y a quelques années, je pensais que la recherche mathématique était une activité principalement solitaire où l’on se retrouvait seul·e face à son brouillon et son magma d’idées. En mettant les pieds dans la recherche telle qu’elle est pratiquée, j’ai compris que si cette phase existe, elle est loin d’être la plus importante et qu’il est possible que de bonnes journées de travail soient synonyme de jours passés à discuter devant un tableau avec ses ami·es.

Il est assez émouvant de voir, alors que l’essentiel de la communauté scientifique est confinée, comment des pratiques se créent pour maintenir, à distance, ces discussions et cette dimension de construction collective. Les discussions par Skype et consorts existent depuis longtemps, mais la durée de l’éloignement nous pousse à améliorer les solutions bricolées. J’ai ainsi appris à utiliser un smartphone ou une tablette comme des tableaux partagés pour pouvoir griffonner, effacer, partager des croquis. Certains de ces apprentissages seront certainement amenés à perdurer après la résorption de l’épidémie.

J’ai pu assister à la première séance du One World Probability Seminar, un séminaire hebdomadaire en ligne ayant réuni plus de 400 personnes. Malgré tous les problèmes posés par Zoom, il s’est déroulé sans aucun couac technique, et l’on découvrait ensemble comment l’utiliser au mieux : discussion et questions dans le chat écrit en parallèle de l’exposé, liens vers des ressources en ligne, créneau de discussion libre à la fin…

Des initiatives similaires ont lieu dans d’autres communautés de recherches, pour des séminaires plus spécialisés, des séminaires d’universités… Espérons que ces nouvelles formes d’échange, permettant à la fois de lutter contre le changement climatique et d’exister plus fortement comme communauté scientifique, survivront après la fin de la pandémie.

 

Pour en savoir plus :

Un message de la part du Directeur de l’IHES

Chers collègues, chers partenaires et amis de l’IHES, Alors que nous sommes encore sous le choc de la situation sans précédent liée à la propagation de COVID-19, je tiens à vous donner des nouvelles de l’IHES.

Chers collègues, chers partenaires et amis de l’IHES,

Alors que nous sommes encore sous le choc de la situation sans précédent liée à la propagation de COVID-19, je tiens à vous donner des nouvelles de l’IHES. Depuis lundi, nous travaillons pour nous assurer que tous nos chercheurs et membres du personnel sont en sécurité et que l’Institut continue à fonctionner au mieux pendant cette période d’incertitude.

Les nouvelles alarmantes de ces dernières semaines et les mesures adoptées par le gouvernement français lundi dernier ont imposé la difficile décision d’annuler tous les séminaires et conférences dans les mois à venir et de limiter au strict minimum l’accès à Bois-Marie.

Ces journées sont rendues d’autant plus difficiles par l’impossibilité de conserver ces liens de proximité qui nous sont familiers, mais notre travail continue et nous trouvons de nouvelles façons de rester en contact pour continuer à former une communauté unie.

Notre personnel met tout en œuvre pour aider nos visiteurs et nos membres permanents, même à distance et leur offrir les meilleures conditions que cette situation permet, tout en préservant la santé et le bien-être de chacun.

Alors que nous apprenons à nous adapter, je souhaite vous tenir plus au courant de la vie à l’Institut dans ce cadre inhabituel et combler un peu la distance accrue qui nous sépare en cette période d’isolement.

Je vous souhaite bon courage pour la période à venir et vous adresse tous mes veux de santé pour vous et vos proches.

Emmanuel Ullmo,
Directeur de l’IHES

Informations Coronavirus COVID-19

Face à la situation sanitaire actuelle, l’IHES met en œuvre une série de mesures visant à protéger l'ensemble de ses membres.

Dans l’état actuel de la situation sanitaire liée à la propagation du Coronavirus COVID-19 en France et conformément aux décisions gouvernementales :

Toutes les visites des chercheurs invités à l’IHES dont l’arrivée était prévue d’ici la mi-avril sont annulées et seront reportées ultérieurement.

Tous les événements (séminaires, conférences…) prévus d’ici la mi-avril sont annulés et seront reportés à une date ultérieure à déterminer.

Il est demandé aux membres du personnel, aux professeurs et chercheurs invités de reporter ou limiter au maximum leurs déplacements et de ne pas prévoir la visite de collaborateurs extérieurs à l’IHES jusqu’à nouvel ordre.

Ces mesures pourraient être prolongées et d’autres restrictions pourraient être décidées si l’évolution de la situation l’exigeait.

Nous vous remercions pour votre compréhension.

La Direction de l’IHES

IBM France s’engage auprès de l’IHES pour défendre la recherche fondamentale

L’IHES est fier d’annoncer que IBM France rejoint « l’avant-garde de la science », la campagne de levée de fonds de l’Institut.

Communiqué de presse – 22 janvier 2020

L’Institut est fier d’annoncer que IBM France rejoint « l’avant-garde de la science », la campagne de levée de fonds de l’Institut.

« IBM a compté parmi les premiers mécènes à soutenir l’IHES dans les années 1960 » précise Emmanuel Ullmo, directeur de l’IHES. « C’est très encourageant de voir qu’une entreprise technologique trouve notre modèle toujours pertinent pour l’écosystème de recherche, et renoue un partenariat avec l’Institut. »

Depuis plus de 60 ans, le modèle de financement de l’IHES allie soutiens privés et publics, en France et à l’international. Officiellement lancée en 2018, cette troisième campagne de levée de fonds a pour objectif de soutenir la recherche scientifique dans les domaines avancés des mathématiques et de la physique théorique.

Pour Jean-Laurent Bonnafé, Administrateur-Directeur Général de BNP Paribas, et président de la campagne de l’IHES : « il est indispensable que notre pays continue à investir dans la recherche fondamentale, au plus haut niveau. L’enjeu n’est pas seulement celui du savoir, c’est aussi celui de l’innovation. »

L’Institut s’est fixé comme objectif de mobiliser 30 M€ auprès d’entreprises et de particuliers pour conserver le modèle de l’IHES : excellence, interdisciplinarité et liberté de recherche. « L’engagement d’IBM représente un encouragement exceptionnel pour nos chercheurs et je tiens à remercier chaleureusement IBM pour son soutien » a commenté Emmanuel Ullmo.

Succès de l’édition 2019 du gala de Friends of IHES

Le mardi 5 novembre, plus de 150 invités se sont joints à Michael R. Douglas et Emmanuel Ullmo au Harvard Club de New York City pour le gala de Friends of IHES 2019. Le thème de cette année était la théorie des jeux.

Le mardi 5 novembre, plus de 150 invités ont retrouvé Michael R. Douglas, président et chairman de Friends of IHES, et Emmanuel Ullmo, directeur de l’IHES, au Harvard Club de New York pour un événement exceptionnel.

Le thème de cette année était la théorie des jeux. Cette théorie mathématique nous aide à comprendre le raisonnement stratégique en jeu dans la compétition, et nous donne les outils et le langage pour analyser différentes voies et examiner des solutions multiples.

Constantinos Daskalakis, professeur au MIT et lauréat du Prix Rolf Nevanlinna 2018, et Neil A. Chriss, fondateur d’Omnis Quantitative, une société de la plateforme Millennium, étaient invités d’honneur et ont guidé un public captivé à travers les subtilités de la théorie des jeux.

Sylvia Nasar l’auteure de A Beautiful Mind, la biographie du mathématicien et lauréat du prix Nobel John Nash, ainsi que professeure émérite John S. et James L. Knight à la Graduate School of Journalism de la Columbia University, a animé la soirée.

Nous sommes profondément reconnaissants à nos principaux donateurs pour leur généreux soutien à notre mission. En particulier, nous remercions chaleureusement la Simons Foundation, le sponsor principal, BNP Paribas, et nos « gala chairs » Florence & David Faucon et Barbara Amonson & Vincent Della Pietra. Merci également à Bristol Assurances, Benjamin Servenay, Bank of America Merrill Lynch, et à tous les participants du gala.

Grâce à leur grande générosité, Friends of IHES a pu récolter près de 500k$, qui permettront de financer différents projets à l’Institut.

Alors que 2019 marque le 20e anniversaire de Friends of IHES, ce fut l’occasion idéale de célébrer ensemble cet important jalon, dans le plaisir du partage des savoirs, tout en honorant notre mission commune de soutenir la recherche fondamentale au plus haut niveau.

Cliquez sur ce lien pour découvrir cet événement en photos.

Publication du décret de création de l’établissement université Paris-Saclay

L’université Paris-Saclay voit officiellement le jour par la publication, le 6 novembre, au Journal officiel de la République française, de son décret de création.

A compter du 1er janvier 2020, l’université Paris-Saclay se substitue à l’Université Paris-Sud et à la Communauté d’universités et établissements « Université Paris-Saclay » et intègre en tant qu’établissements-composantes qui conservent leur personnalité morale, dans les conditions précisées dans ses statuts, l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement (AgroParisTech), CentraleSupélec, l’Ecole Normale Supérieure Paris-Saclay et l’Institut d’Optique Graduate School. Elle intègre également l’Institut des Hautes Études Scientifiques, organisme de recherche – fondation reconnue d’utilité publique.

Elle regroupe, en tant qu’universités membres-associées par convention, les universités de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et l’Université d’Evry qui participent à sa gouvernance dans une perspective de fusion à l’horizon 2025. Le CEA, le CNRS, l’INRA, l’Inria, l’Inserm et l’ONERA confirment leur partenariat renforcé avec la nouvelle université Paris-Saclay. Le périmètre scientifique intègre les laboratoires de ces organismes nationaux de recherche sur le périmètre de l’université Paris-Saclay, listés par convention. Les organismes nationaux de recherche sont associés à la gouvernance de l’établissement.

La création de ce nouvel établissement s’inscrit dans le dispositif autorisé par l’ordonnance du 12 décembre 2018 (JO n°0288 du 13 décembre 2018). Avec une volonté d’intégration manifestée dans ses actes et dans ses statuts, l’université Paris-Saclay a choisi de devenir une université de plein exercice de rayonnement international et ancrée dans son territoire. Elle transforme en profondeur le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche française en intensifiant une politique de formation, de recherche, d’innovation, ouverte sur le monde.

Le travail de préfiguration de l’organisation administrative confié depuis juin 2019 à la Directrice Générale des Services, Gwenaëlle Verscheure, est en cours. Le premier acte fort pour l’université est de se doter de sa gouvernance politique. Cette mission est confiée à Charline Avenel, Rectrice de l’Académie de Versailles et Chancelière des universités et à Françoise Moulin-Civil qui assurera l’administration provisoire jusqu’à l’élection du ou de la président.e.

Pour en savoir plus : Décret n°2019-1131

Télécharger le communiqué de presse

Contact presse IHES : Valérie Touchant – touchant@ihes.fr / +33 1 60 92 66 73

Le mathématicien John T. Tate vient de mourir à l’âge de 94 ans

C’est avec grande tristesse que l’Institut a appris la disparition de John Torrent Tate, mathématicien américain mondialement connu pour ses travaux en théorie des nombres et en géométrie algébrique.

C’est avec grande tristesse que l’Institut a appris la disparition, à l’âge de 94 ans, de John Torrent Tate, mathématicien américain mondialement connu pour ses travaux en théorie des nombres et en géométrie algébrique.

Son influence dans ces domaines est témoignée par les nombreux concepts portant son nom.  La torsion de Tate, le groupe de Tate-Shafarevich, le module de Tate, les algèbres de Tate, la cohomologie de Tate, le théorème dualité de Tate, la trace de Tate, la théorie de Hodge-Tate, et la conjecture de Sato-Tate, en sont quelques exemples.

Après une maîtrise en mathématiques à l’université d’Harvard et une thèse à Princeton sur « l’analyse de Fourier dans les corps de nombres et la fonction zêta de Hecke », sous la supervision d’Emil Artin, Tate a enseigné à Harvard pendant 36 ans. En 1990, il a rejoint l’université du Texas à Austin, où il est resté jusqu’à sa retraite en 2009.

Pendant toute sa carrière, John T. Tate a noué de forts liens avec la communauté mathématique française. À partir des années 1950, et pendant une dizaine d’années, il a fait partie du groupe Bourbaki. Il a donné des séminaires au Collège de France et a été professeur invité à l’IHES à plusieurs reprises. Avec Jean-Pierre Serre, il est l’auteur de la théorie qui porte désormais leurs noms, la théorie de Serre-Tate. À partir des années 1950, ils ont entretenu une longue correspondance scientifique, qui a été publiée en partie en 2015 par la Société mathématique de France.

Un épisode en particulier lie sa théorie des espaces analytiques rigides à l’Institut. En 1962 l’IHES a diffusé le texte de Tate sur la géométrie rigide, à la demande de J.-P. Serre mais sans son accord. Le texte a ensuite été publié dans la revue mathématique Inventiones Mathematicae et a servi de base au développement de la géométrie rigide. L’idée de Tate que l’uniformisation p-adique des courbes elliptiques indiquait l’existence d’une théorie générale des espaces analytiques p-adiques a été radicalement novatrice. Grothendieck même avait été très sceptique au début, pour changer d’avis une fois que Tate a commencé à élaborer sa théorie en 1961 [1].

Depuis 1992 John T. Tate a été membre étranger associé de l’Académie des sciences. Il a également été membre de la National Academy of Sciences, de l’American Mathematical Society, de l’Académie norvégienne des sciences et des lettres, et membre honoraire de la London Mathematical Society.

En 2010 il a obtenu le Prix Abel, l’une des deux plus prestigieuses récompenses en mathématiques, « pour l’étendue et le caractère durable de son influence sur la théorie des nombres ». Le Prix Wolf en 2002, le Prix Steele en 1995 et le Prix Cole en théorie des nombres, en 1956 sont parmi les nombreuses autres distinctions qu’il a reçues tout au long de sa carrière.

L’IHES présente ses plus sincères condoléances à sa famille.

 

 

[1] J.S. Milne, The work of John Tate, arXiv:1210.7459, p.28

Deux chercheurs de l’IHES distingués par l’Académie des sciences

L’IHES félicite Slava Rychkov, professeur permanent, lauréat du Grand prix Mergier-Bourdeix et Bertrand Eynard, chercheur CEA à l’IHES, lauréat du prix Claude Berthault.

Communiqué de presse – 16 octobre 2019

L’IHES félicite Slava Rychkov, professeur permanent, lauréat du Grand prix Mergier-Bourdeix et Bertrand Eynard, chercheur CEA à l’IHES, lauréat du prix Claude Berthault.

 

Slava Rychkov est un théoricien des particules qui, après des études de mathématiques à l’Institut de physique et de technologie de Moscou, et une thèse à Princeton (sous la direction d’Alexander Polyakov), a travaillé à Pise, puis au CERN. Il est devenu professeur à l’UPMC, puis à l’ENS-Paris et est aujourd’hui professeur permanent à l’IHES depuis 2017.

 

Ses travaux ont d’abord porté sur des prolongements éventuels du modèle standard susceptibles d’implications expérimentales, tels que la supersymétrie, des modèles de bosons de Higgs composites, ou la production de trous noirs dans une collision à haute énergie. Mais depuis plusieurs années il a lancé dans le monde entier une école qui étudie les conséquences quantitatives de l’invariance conforme dans une théorie des champs relativiste. Utilisant la symétrie de croisement et des inégalités de positivité liées à l’unitarité, il a obtenu des bornes sur les dimensions anomales des champs extraordinairement précises. C’est ainsi qu’en dimension trois il a obtenu les exposants critiques de modèles célèbres comme le modèle d’Ising avec une précision supérieure à toute méthode antérieure. Cette méthode connue sous le nom de « bootstrap conforme » a révolutionné la physique théorique contemporaine.

 

Bertrand Eynard est un physicien théoricien, qui après une thèse sur les matrices aléatoires (sous la direction de Jean Zinn-Justin), est devenu chercheur au CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables) depuis 1995. Il est mis à disposition à l’IHES depuis septembre 2018.

 

 

Ses travaux ont d’abord porté sur les matrices aléatoires où il a apporté d’importantes contributions et écrit et enseigné plusieurs cours. En 2004, il a introduit une nouvelle méthode algébrique pour le calcul du développement asymptotique des matrices aléatoires de grande taille, appelée la «&nbso;récurrence topologique ». Cette méthode a connu un grand succès car elle s’est trouvée être bien plus générale que les matrices aléatoires : elle apparaît dans de très nombreux domaines de la physique mathématique, comme la géométrie énumérative, les invariants de Gromov-Witten, la théorie des nœuds, la théorie des cordes et les systèmes intégrables. La récurrence topologique est devenue un sujet mathématique à part entière, enseigné en master et faisant l’objet de plusieurs conférences annuelles. Conjointement avec M. Kontsevich, B. Eynard a été lauréat en 2019 de la bourse européenne ERC synergie pour le projet ReNewQuantum, portant principalement sur l’étude de la récurrence topologique.

Le Grand prix Mergier-Bourdeix

Prix biennal décerné alternativement dans le ressort de la division des sciences mathématiques et physiques, sciences de l’univers et leurs applications (il en est ainsi en 2019), et dans celui de la division des sciences chimiques, biologiques, médicales et leurs applications, à un.e jeune chercheur.se français.e, se consacrant à des recherches fondamentales n’ayant aucun but lucratif, ne visant pas d’application immédiate et dont les résultats révèlent des dons exceptionnels.

Le prix Claude Berthault

Les revenus sont attribués par l’Institut, sur les propositions de l’Académie française, de l’Académie des sciences et de l’Académie des sciences morales et politiques, soit comme encouragements à des familles de cultivateurs ou de marins du littoral de la Manche et de l’Océan, soit comme récompenses à des œuvres artistiques ou scientifiques qui pourraient accroître le renom de la nation française.

Science et société : Le cas de Venise

Vasilisa Nikiforova, physicienne, post-doctorante à l'IHES présente une facette méconnue des travaux de Galilée à travers ses discussions avec l'Arsenal de Venise.

Vasilisa Nikiforova, physicienne, post-doctorante à l’IHES présente une facette méconnue des travaux de Galilée à travers ses discussions avec l’Arsenal de Venise.

Les généralités sur l’importance de la science dans le développement des sociétés modernes ne manquent pas. Il est toutefois intéressant de se tourner vers le passé et d’examiner des exemples concrets. Ici, je voudrais faire quelques brèves remarques, non techniques, sur la science et Venise.

476, 1204, 1453 : fin de l’Empire romain d’Occident (marquée par l’abdication de son dernier empereur, Romulus Augustulus), prise de Constantinople par l’armée de la 4ème Croisade (menée par les Vénitiens), prise de Constantinople par les Ottomans. Byzance succède à l’Empire romain, tandis que Venise est considérée comme étant la cité qui a succédé à Byzance. Non pas en raison de l’impressionnante quantité de richesses que les Vénitiens ont ramenée de Constantinople après la 4ème Croisade (notamment les fameux chevaux exposés sur le toit de la basilique Saint-Marc), mais parce que Venise était bicéphale, et que l’une de ses têtes regardait toujours vers l’Orient, elle appartenait et transmettait la culture byzantine.

Les liens étroits entre Venise et Constantinople firent de cette première une courroie de transmission importante entre le monde de tradition philosophique gréco-romaine et l’Occident. Aux XXIIe et XIIIe siècles, l’Europe de l’ouest découvrit ainsi bon  nombre des traités d’Aristote. Ce rôle que jouait Venise (du moins après l’avènement de l’art typographique à Venise en 1469), se manifesta également par le fait qu’elle était au centre d’un réseau très dynamique d’échanges commerciaux et jouissait d’une relative indépendance au regard de l’église catholique de Rome, ce qui lui permit de devenir un des pôles d’édition les plus importants de l’époque.Au déclin de Constantinople et après sa chute, nombre de ses esprits les plus brillants affluèrent en Europe occidentale (et notamment à Venise). Il est généralement admis que cette arrivée d’érudits byzantins après 1453 fut l’un des grands facteurs de la Renaissance humaniste. Venise était l’un des rares centres en Europe à accueillir un grand nombre d’érudits byzantins. Comme l’écrit John J. Norwich dans son livre, « Lorsque, avant même la chute de Constantinople [c’est-à-dire 1453], des réfugiés de tout l’Empire en ruine s’installèrent à Venise, ils la reconnurent comme la ville la plus byzantine de l’Occident, et apportèrent avec eux leurs bibliothèques, leurs œuvres d’art, un nouvel esprit de savoir et une nouvelle soif de connaissances. » (John J. Norwich. “A history of Venice”)[1]. C’est ainsi que Venise joua un rôle essentiel dans la préservation des savoirs anciens.

Mais Venise était-elle réceptive à l’importance de la culture humaniste et plus particulièrement, Venise s’intéressait-elle à la connaissance théorique, ou bien était-elle trop orientée vers la pratique pour encourager la connaissance abstraite ?

Galilée et l’Arsenal de Venise

Le développement de la technologie dans la construction navale et la navigation a permis à Venise de régner en maître sur la navigation maritime méditerranéenne pendant des siècles. Au début du livre qui a lancé la révolution scientifique moderne, à savoir les Discours sur deux nouvelles sciences, Galilée fait l’éloge des artisans de l’Arsenal de Venise :

« L’expérience fréquente de votre fameux arsenal, mes amis vénitiens, me semble ouvrir un vaste champ à la spéculation philosophique, et particulièrement dans le domaine de la mécanique, dans la mesure où toutes sortes d’instruments et de machines y sont continuellement mises en service. Et parmi ses nombreux artisans, il doit y en avoir qui, par les observations transmises par leurs prédécesseurs ainsi que par celles qu’ils font avec attention et de façon continue, sont vraiment experts et dont le raisonnement est des plus fins. »

De nombreux historiens des sciences ont eu tendance à minimiser l’importance de cet éloge, mais assez récemment, certains ont repensé la véritable signification de l’éloge de Galilée sur l’Arsenal de Venise. En effet, dans le fascinant Letture Galileiane, « Galileo and the Challenge of the Arsenal »[2], un article de Jürgen Renn et Matteo Valleriani les auteurs avancent de façon convaincante que Galilée devrait être considéré comme un « ingénieur-scientifique » de la Renaissance de la stature de ceux que l’on trouvait également à l’Arsenal.  En outre, les « deux nouvelles sciences » dont Galilée parle dans son Discorsi[3] ont été stimulées par le réel intérêt de Galilée pour des questions véritablement pratiques, notamment technologiques ou militaires.

Ses recherches, principalement effectuées à Padoue, sur la dynamique (la deuxième de ses deux nouvelles sciences) ont été motivées par son intérêt pour l’artillerie. Fait le plus important – prouvé par Renn et Valleriani –  pour étayer ces remarques, la première des deux nouvelles sciences de Galilée, traitant de la résistance des matériaux, a été suscitée par des questions très techniques venant d’ingénieurs de l’Arsenal très expérimentés. En effet, en analysant un document découvert récemment, à savoir une lettre de Galilée à Giacomo Contarini, un commissaire de l’Arsenal, Renn et Valleriani démontrent comment la théorie de Galilée sur la résistance des matériaux a émergé des défis pratiques des techniques de construction, particulièrement manifestes à l’Arsenal pendant cette période.[4]

Le fait le plus remarquable est que cet échange entre Galilée et Contarini n’était pas du tout un événement fortuit, mais plutôt le résultat d’une politique délibérée et systématique des hauts commissaires de l’Arsenal qui, confrontés à des défis technologiques de grande importance militaire, demandaient conseil à certains des meilleurs ingénieurs-scientifiques de l’époque.

On souligne souvent l’importance des connaissances théoriques dans le développement de nouvelles technologies. Il est tout aussi intéressant de souligner que le chemin vers de nouvelles connaissances va parfois dans le sens inverse….

Mais les empires s’effondrent. Le savoir ne peut rester que s’il est transmis. Ce rôle décisif de Venise dans l’histoire de la science mondiale, pour la préservation, la diffusion et l’amélioration du savoir demeure caché dans la gloire de cette cité lacustre miraculeuse.

Vasilisa Nikiforova

 

[1] Rappelons à cet égard l’impact crucial sur le travail de Copernic que revêt son apprentissage du grec pendant ses études en Italie, et notamment à l’Université de Padoue (1501-1503) qui faisait alors partie de la République de Venise.

[2] Prononcé à Florence, le 21 mars 2001, et disponible ici.

[3] Conçues et développées pour la première fois à Padoue, bien qu’elles aient été publiées beaucoup plus tard alors que Galilée était assigné à résidence à Arcetri.

[4] Le problème venait de l’utilisation de rames plus grosses pour manœuvrer les galères de plus en plus grandes que fabriquait l’Arsenal, et de la difficulté à fabriquer des rames résistantes et suffisamment longues.

Entretien avec Joseph Ayoub

Joseph Ayoub, professeur en mathématiques à l’université de Zurich, est le premier titulaire de la Chaire « Alexzandria Figueroa et Robert Penner ». Il s’intéresse à la cohomologie des variétés algébriques et à la théorie des motifs.

Joseph Ayoub, professeur en mathématiques à l’université de Zurich en 2010, est le premier titulaire de la Chaire « Alexzandria Figueroa et Robert Penner ». Il s’intéresse à la cohomologie des variétés algébriques et à la théorie des motifs.

Comment a commencé votre intérêt pour les mathématiques ?

J’ai toujours été très intéressé par les maths. Au collège, j’avais de bonnes notes dans toutes les matières, mais les mathématiques occupaient une place particulière : dès que j’avais du temps libre, je m’amusais à résoudre des exercices de maths. Et quand je n’en avais plus, j’en inventais de nouveaux. J’aimais particulièrement la géométrie plane, mais j’aimais aussi faire des calculs et résoudre des équations. À la récré, je m’isolais souvent dans la bibliothèque pour feuilleter l’Encyclopédie Universalis à la recherche d’articles de maths. C’est ainsi que je me suis familiarisé avec un certain nombre de concepts modernes, comme par exemple la classification des groupes finis simples.
J’ai eu accès à des bouts de « mathématiques avancées » à un très jeune âge : dans le débarras de notre petit appartement à Beyrouth, j’avais trouvé un polycopié d’un cours de topologie générale que mon père -prof de maths- avait suivi à l’université. Plus tard, j’ai réussi à mettre la main sur un exemplaire du livre Differential Geometry and Symmetric Spaces de Helgason grâce à une connaissance de ma mère qui était bibliothécaire à la faculté des sciences de l’université libanaise. Je me rappelle avoir passé l’essentiel de mes vacances d’été à ressasser les pages de ce livre. J’ai fini par le lire de A à Z en ayant l’impression d’avoir tout compris !
En 1998, juste après le baccalauréat, j’ai eu la chance d’être admis au Lycée Louis-le-Grand à Paris. C’est alors que j’ai compris qu’on pouvait gagner sa vie en faisant de la recherche en mathématique. Pour moi c’était une vraie révélation. C’est sans doute Hervé Gianella, mon professeur de mathématiques, qui m’a fait réaliser cette possibilité et m’a encouragé à passer le concours de l’École normale supérieure. Avant, je m’imaginais devenir un ingénieur avec un « vrai » travail et un passe-temps « excentrique » consistant à lire des livres de math.

Quels sont vos liens avec l’IHES ?

La première fois que j’ai entendu parler de l’IHES, c’était en rapport avec Alexandre Grothendieck. Le nom de Grothendieck est indissociable de celui de l’IHES. En quelque sorte j’ai d’abord découvert l’IHES à travers les éléments de Géométrie Algébrique et les « Séminaires de Géométrie Algébrique » qui ont été en grande partie conçus et rédigés à l’IHES. Ce n’est que bien plus tard que j’y suis allé, à l’occasion d’une conférence en l’honneur de Luc Illusie.
Je suis très reconnaissant au conseil scientifique de m’avoir choisi comme premier titulaire de la chaire Alexzandria Figueroa et Rober Penner. C’est bien sûr un grand honneur, et je me réjouis d’avance du temps que je passerai à l’IHES. Je ne sais pas encore quel serait l’impact de ces visites sur mon travail, mais j’essaierai d’en profiter au maximum.

Comment résumeriez-vous vos principales contributions ?

Je me suis longtemps intéressé à une conjecture particulière mais centrale en théorie des motifs appelée la « conjecture de conservativité. » Cette conjecture, qui est très simple à énoncer, fournit un pont, ou plutôt un chemin de retour, entre deux objets de nature différente : un motif qui est un objet algébro-géométrique très riche et sa réalisation qui est un objet topologique sans structure supplémentaire.
La conjecture de conservativité s’est avérée être très résistante. Néanmoins, j’ai développé une stratégie pour démontrer cette conjecture. Même si je n’ai pas encore réussi à faire marcher cette stratégie, je considère ce travail incomplet comme étant ma contribution la plus importante.

Qu’est-ce qui vous a tant inspiré à poursuivre vos recherches ? Et qu’est ce qui vous passionne ?

Ce que j’aime le plus en mathématiques, c’est cette cohérence qui émane d’une théorie bien construite. Une fois qu’on a trouvé le bon point de vue, la bonne définition, le bon contexte, la suite devient en quelque sorte inévitable et le résultat est alors très cohérent. Je pense que je suis très sensible à cette cohérence. Heureusement, en géométrie algébrique, on ne manque pas de théories bien construites, ce qui est probablement un héritage de Grothendieck.
J’aime aussi l’étape de la rédaction. Pour moi, faire des maths et écrire des articles sont deux activités indissociables. Ce n’est qu’en écrivant un article que je comprends réellement la démonstration d’un théorème ou les rouages d’une théorie.
Les grandes questions auxquelles je me suis intéressé jusqu’à présent se sont malheureusement avérées être très résistantes. Naturellement, ceci a été une source de déception pour moi. Mais je suis optimiste, et ce qui me motive à continuer c’est certainement l’espoir de voir un jour la solution à ces grandes questions. Une autre source d’espoir et de motivation a été d’assister à des avancées spectaculaires sur d’autres questions et dans d’autres domaines des mathématiques.

 

L’IHES se mobilise et rappelle l’importance du mécénat d’entreprise pour la recherche et l’innovation

L’Institut des Hautes Études Scientifiques apprend avec inquiétude les réformes du mécénat d’entreprise envisagées par le gouvernement. L’Institut pourrait particulièrement en souffrir.

Communiqué de presse – 10 septembre 2019

L’Institut des Hautes Études Scientifiques apprend avec inquiétude les réformes du mécénat d’entreprise envisagées par le gouvernement. L’Institut pourrait particulièrement en souffrir.

Depuis plus de 60 ans, l’IHES relève le défi d’un financement vertueux, alliant soutiens publics et privés pour le bénéfice d’un secteur d’excellence de la France, la recherche fondamentale. Ce sont les industriels français qui ont appuyé le fondateur pour financer son modèle unique d’un centre de recherche fondamentale indépendant, qui a pu recruter et incuber depuis 1958 notamment sept médailles Fields, deux médailles d’or du CNRS, deux prix Abel, et qui attire chaque année plus de 200 chercheurs du monde entier.

Institut de recherche privé, bénéficiant du statut de fondation reconnue d’utilité publique, l’IHES s’est appuyé sur le mécénat pour compenser la disparition du soutien d’agences internationales de la recherche, et assurer sa pérennité en créant des fonds propres. Ces derniers financent aujourd’hui près de 20 % du budget de l’Institut ; sans les donateurs, et en particulier les entreprises françaises, cela n’aurait tout simplement pas été possible.

Avec la réforme envisagée, le taux de défiscalisation pour les entreprises donnant plus de deux millions à des associations et des fondations passerait de 60 % à 40 %. Or, les entreprises représentent plus de 90 % des dons reçus en France par l’IHES. Comme les principaux acteurs de la philanthropie, l’Institut s’inquiète de l’impact des réformes et craint une baisse significative des montants de dons.

L’IHES rappelle que la fiscalité n’est jamais l’argument principal dans les discussions avec les mécènes. En revanche, les dispositions fiscales incitent les entreprises à augmenter leurs dons et à les pérenniser. Par ailleurs, les entreprises pourraient être tentées de concentrer leur soutien vers une recherche plus appliquée, aux résultats immédiats.

Le mécénat d’entreprise est non seulement une source indispensable de soutien, mais il créé également des opportunités de rencontres entre communautés scientifiques. Des échanges fructueux qui sont indispensables à l’écosystème de recherche et d’innovation français.

Le président Macron s’est engagé à soutenir le secteur stratégique de la recherche. Il serait cohérent de maintenir le cadre fiscal de la générosité des entreprises, et l’IHES appelle les mécènes et acteurs du secteur de la philanthropie à se mobiliser dans ce sens.