Plusieurs mathématiciens et mathématiciennes liés à l’IHES récompensés lors de l’ICM 2022

La cérémonie d’attribution des distinctions de l’Union internationale des mathématiciens a récompensé plusieurs mathématiciens et mathématiciennes liés à l’Institut.

La cérémonie d’attribution des distinctions de l’Union internationale des mathématiciens qui s’est tenue le 5 juillet à Helsinki a récompensé plusieurs mathématiciens et mathématiciennes liés à l’Institut.

Considérée comme la distinction mondiale la plus prestigieuse en mathématiques, la médaille Fields est attribuée tous les quatre ans, à l’occasion du « International Congress of Mathematicians » (ICM). Les quatre lauréats de la médaille Fields de cette année annoncés aujourd’hui sont : Hugo Duminil-Copin, professeur permanent à l’IHES et professeur à l’Université de Genève, Maryna Viazovska, professeure à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, June Huh, professeur à l’université de Princeton, et James Maynard, Professeur à l’université d’Oxford.

La mathématicienne ukrainienne Maryna Viazovska, professeure ordinaire à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, où elle est titulaire de la Chaire d’arithmétique, a été post-doctorante à l’IHES de 2012 à 2013. Elle a aussi donné à l’IHES, en 2019, une série de six leçons Hadamard, organisées par la Fondation Mathématique Jacques Hadamard, sur les formes automorphes et l’optimisation dans l’espace euclidien. La Prof. Viazovska a résolu le problème de l’empilement compact de sphères en dimensions 8 et 24.

Lors de la cérémonie, d’autre prix importants ont été décernés à des scientifiques très proches de l’Institut. Tout particulièrement, Barry Mazur, Gerhard Gade University Professor à l’Université de Harvard, s’est vu décerner la médaille Chern, attribuée tous les quatre ans « en reconnaissance d’importantes contributions scientifiques au plus haut niveau tout au long d’une vie ». Il a tissé des liens très proches avec l’Institut depuis son installation à Bois Marie, en 1962. Les sujets auxquels il s’intéresse comprennent la théorie des nombres et la géométrie algébrique. Ses contributions profondes sur ces sujets lui ont valu de nombreuses récompenses et cette médaille couronne le travail de toute une vie.

D’autres scientifiques de l’Institut ont par ailleurs été honorés lors du congrès international qui s’est tenu du 6 au 12 juillet en ligne. Laure Saint-Raymond, professeure permanente à l’IHES, et conférencière plénière à l’ICM de cette année, a abordé la dynamique des gaz dilués lors de sa conférence le samedi 9 juillet.
Ofer Gabber, directeur de recherche CNRS à l’IHES, conférencier invité, a donné un exposé intitulé « Bounding the torsion in the l-adic cohomology of smooth projective varieties without unbounded searches » le lundi 11 juillet.

L’IHES félicite chaleureusement ces mathématiciens et mathématiciennes, pour ces reconnaissances prestigieuses qui témoignent de l’importance de leur travail !

Une conversation sur les mathématiques entre Nathalie Ayi et Laure Saint-Raymond

Les deux mathématiciennes échangent autour de leur vision des mathématiques et de la recherche en tant qu'effort collectif.

Dans cette vidéo, Nathalie Ayi et Laure Saint-Raymond échangent autour de leur vision des mathématiques et de la recherche en tant qu’effort collectif, et soulignent l’importance de la communication pour rendre la science largement accessible.

Laure Saint-Raymond est professeure permanente à l’IHES, Laboratoire Alexander Grothendieck (CNRS/IHES), Nathalie Ayi est maître de conférences à Sorbonne Université, Laboratoire Jacques-Louis Lions (CNRS/Sorbonne Université/Université de Paris).

Cette conversation a été enregistrée en janvier 2022, en préparation du Congrès international des mathématiciens qui aura lieu en juillet 2022 et où Laure Saint-Raymond sera oratrice plénière.

Echange avec Laure Saint-Raymond

Septembre marque l’arrivée de Laure Saint-Raymond en tant que professeure permanente à l’IHES. Nous avons recueilli ses impressions quelques jours avant sa venue.

IHES : Vous démarrez une nouvelle étape dans votre parcours de mathématicienne. Quels sentiments éprouvez‑vous ?

Laure Saint-Raymond : Indéniablement, j’ai un petit pincement au cœur en quittant l’ENS de Lyon où je viens de passer cinq très belles années. J’y ai apprécié le dynamisme du laboratoire de mathématiques toujours à la pointe dans son foisonnement scientifique et ses engagements communautaires (diffusion et sensibilisation à la recherche, publications ouvertes, réduction de l’empreinte carbone…). J’y ai également beaucoup apprécié les collaborations faciles et passionnantes avec le laboratoire de physique ainsi que la richesse et la solidité du réseau de recherche en Auvergne‑Rhône‑Alpes. J’y garderai d’ailleurs un petit pied pour continuer à travailler sur les fluides géophysiques et les questions liées à l’environnement, notamment dans le cadre de l’Institut des mathématiques de la Planète Terre.

Bien sûr, je suis aussi très impressionnée d’intégrer l’IHES, cette institution prestigieuse qui pour l’instant est pour moi plus un mythe qu’un lieu naturel pour effectuer ma recherche. D’une part, la liste des professeurs permanents qui s’y sont succédé met la barre très haut en termes de profondeur et d’impact des travaux. Mais en plus les thématiques qui y ont été développées jusque‑là me sont assez étrangères. Dans mon esprit, l’IHES évoque des grands noms des mathématiques que je n’associe pas forcément à des visages, ou encore des travaux qui ont révolutionné des pans entiers de la discipline mais auxquels je ne comprends essentiellement rien… Difficile d’identifier un point d’attache.

La page blanche… c’est peut-être finalement ce qui me stimule ! à la fois une grande liberté, et la responsabilité de faire émerger une dynamique nouvelle, de marquer sa propre empreinte. Je mesure la chance qui m’est offerte, même si cela donne parfois le vertige. L’IHES dispose d’un cadre très propice au travail individuel de recherche, tout en offrant de nombreuses possibilités de faire venir des étudiants ou des collègues étrangers. Son environnement scientifique est extrêmement porteur, réunissant notamment l’université d’Orsay et les écoles du plateau de Saclay. Je ne doute pas que ce mélange de calme et de fourmillement provoquera des rencontres inattendues et suscitera des questionnements fructueux.

Comment décririez-vous votre approche des mathématiques ?

Je n’ai ni la force technique, ni la volonté de m’attaquer de front à des conjectures réputées difficiles auxquelles certains mathématiciens consacrent toute leur vie, dans un long bras de fer. Je préfère les chemins de traverse, les curiosités de la physique, les connections surprenantes entre des champs disciplinaires apparemment éloignés… J’aime les mathématiques qui formalisent des intuitions simples, qui se partagent.

En un certain sens, les mathématiques sont à la confluence entre le raisonnement scientifique et la création artistique. Tous les mathématiciens n’ont pas les mêmes goûts, mais ils attachent de l’importance à la notion d’esthétique. C’est ce que j’espère pouvoir transmettre un peu à mes étudiants et plus largement aux personnes que je rencontre dans les évènements à destination du grand public.

On peut essayer de (se) convaincre de l’utilité des mathématiques, mais c’est un terrain glissant. Par contre, on peut s’émerveiller sans modération de toutes les idées qui germent doucement et finissent par éclore là où on ne les attendait pas forcément, de toutes les constructions abstraites éparses qui finissent par se révéler fortement connectées.

Cette magie des mathématiques doit faire rêver… au-delà du cercle des mathématiciens !

Page personnelle de Laure Saint-Raymond

Conférence « Large-scale Limits of Interacting Particle Systems »

L'IHES a accueilli une conférence sur les limites de grande échelle de systèmes de particules en interaction du 4 au 8 octobre prochain.

La conférence se déroulera à l’IHES sous réserve de l’évolution des conditions sanitaires. 

La conférence « Large-scale Limits of Interacting Particle Systems », s’est déroulée dans le centre de conférences Marilyn et James Simons et pouvait également être suivie à distance, du 4 au 8 octobre 2021.

Elle était organisée par Mitia Duerinckx (CNRS), Sergio Simonella (CNRS) et Raphael Winter (École Normale Supérieure de Lyon), avec le soutien du programme CNRS-Momentum.

Ces cinq jours ont été l’occasion de rassembler chercheurs et chercheuses intéressés par les méthodes rigoureuses pour l’étude des limites de grande échelle de systèmes de particules en interaction.

La conférence s’est articulée principalement autour de trois mini-cours, donnés par :

  • Mathieu Lewin (CNRS) : « Mean-field Limits and Bose-Einstein Condensation for Quantum Gases »
  • Laure Saint-Raymond (IHES) : « Statistical Description of a Hard Sphere Gas Dynamics »
  • Manfred Salmhofer (Institute for Theoretical Physics, Univ. of Heidelberg) : « Diagrammatic Expansions and Renormalization in Quantum Dynamics ».

Des exposés d’une heure ont également été donnés par :

  • Serena Cenatiempo (GSSI),
  • Charles Collot (Cergy Paris Université),
  • Sabine Jansen (LMU),
  • Jens Marklof (University of Bristol),
  • Alessia Nota (Università degli Studi dell’Aquila),
  • Peter Pickl (University of Munich),
  • Marcello Porta (SISSA),
  • Mario Pulvirenti (Università di Roma « La Sapienza »),
  • Nicolas Rougerie (UMPA),
  • Florian Theil (University of Warwick),
  • Bálint Tóth (University of Bristol).

Pour obtenir plus d’informations sur le programme de la conférence, et être au courant des dernières mesures prises, rendez-vous sur la webpage dédiée.

Retrouvez toutes les vidéos de la conférence sur la chaine Youtube de l’Institut ;

Laure Saint-Raymond nouvelle professeure permanente

Laure Saint-Raymond rejoindra l’Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES) en tant que professeure permanente en mathématiques à la rentrée de septembre 2021.

Communiqué de presse – 8 février 2021

Née en 1975, Laure Saint-Raymond a intégré l’école normale supérieure en 1994. Durant sa scolarité, elle a obtenu un DEA d’analyse numérique à l’université Paris VI et un autre de physique des plasmas à l’université de Versailles-Saint-Quentin, ainsi que l’agrégation de mathématiques. Elle a ensuite fait une thèse au département de mathématique et applications de l’ENS sous la direction du mathématicien François Golse, sur la théorie cinétique des gaz. Elle a été recrutée comme chargée de recherches au CNRS en 2000.

Laure Saint-Raymond a ensuite été nommée professeure à l’université de Paris VI. Mise à disposition de l’école normale supérieure à partir de 2007, elle y a dirigé l’équipe d’analyse avant d’y prendre la direction adjointe du département de mathématiques.

Élue membre de l’Académie des sciences en 2013, puis membre de l’Academia Europaea en 2014, elle est devenue membre junior de l’Institut universitaire de France en 2015, après avoir effectué une année sabbatique aux États-Unis, où elle a travaillé à la fois à l’université de Harvard et au MIT. En 2016, elle a obtenu une mutation à l’école normale supérieure de Lyon en tant que professeure des universités. En 2017, elle a été élue membre de la European Academy of Sciences.

Les travaux de Laure Saint-Raymond portent principalement sur l’analyse asymptotique de systèmes d’équations aux dérivées partielles, en particulier ceux gouvernant la dynamique des gaz, des plasmas ou des fluides. Elle a notamment apporté des contributions fondamentales au sixième problème de Hilbert concernant l’axiomatisation de la mécanique, un des 23 problèmes proposés par David Hilbert au congrès international de mathématiques de 1900, non encore résolu à ce jour : avec différents collaborateurs, elle a montré qu’il existe une transition continue entre les modèles de la physique statistique hors d’équilibre et les équations de la mécanique des fluides, et plus récemment elle a étudié la validité de ces modèles statistiques en se basant sur la mécanique de Newton. En parallèle, elle travaille sur les modèles de mécanique des fluides qui décrivent les courants océaniques, elle étudie notamment l’influence de la rotation et de la stratification sur la propagation des ondes et les phénomènes de couches limites.

Ses travaux lui ont valu de nombreuses reconnaissances. Elle a notamment reçu le prix de la Société européenne de Mathématiques en 2008, le Ruth Lyttle Satter Prize, American Mathematical Society en 2009, le prix Irène Joliot-Curie « Jeune Femme Scientifique » de l’Académie des Sciences et du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en 2011 et le prix Fermat de la région Midi-Pyrénées en 2015. En 2019, elle s’est vue distinguée Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur et en 2020 elle a été lauréate du prix Bôcher de l’American Mathematical Society.

Emmanuel Ullmo, directeur de l’IHES, commente : « Nous nous réjouissons d’accueillir Laure Saint- Raymond, brillante mathématicienne dont les travaux novateurs ont déjà été récompensés par de nombreux prix internationaux. Son arrivée élargit encore les champs de recherche couverts à l’IHES. »

Laure Saint-Raymond indique : « Je saisis la chance qui m’est proposée de rejoindre l’IHES : c’est en effet un institut qui offre un cadre très propice au travail individuel de recherche, mais également des moyens pour développer des collaborations et faire émerger des dynamiques collectives. L’institut a une longue tradition en physique théorique, en algèbre et en géométrie, et une ouverture plus récente sur les probabilités. Mon petit défi, c’est d’y implanter aussi l’analyse, qui apporte d’autres angles d’approche pour nombre de problèmes à l’interface avec la physique. »