Hommage à Heisuke Hironaka - IHES
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Hommage à Heisuke Hironaka

Comme Heisuke Hironaka le rapporte dans son témoignage dans le Petit Mémorial – qui rassemble à l’occasion du 40ème anniversaire de l’IHES des avis de personnes qui ont connu l’Institut à ses débuts –, il a été le premier visiteur étranger après avoir été invité par Alexander Grothendieck dont il avait écouté un exposé sur les « schémas » en 1958 à Harvard ; en décembre 1959, il est donc venu au siège de la Fondation Thiers, square Bugeaud près de la porte Dauphine à Paris où se trouvait alors l’Institut qui avait seulement deux professeurs permanents, Alexandre Grothendieck et Jean Dieudonné. Cette visite était aussi sur la recommandation de son directeur de thèse à Harvard, Oscar Zariski.

Comme il le dit, il y est revenu souvent, notamment pour un séjour long en 1967-1968 qui a été, comme le rapporte Bernard Teissier dans son témoignage, le point de départ de contacts réguliers avec une communauté de mathématiciens français qui a été inspirée par ses exposés, créant ainsi une nouvelle activité mathématique en France qui perdure à ce jour.

En 1970, Hironaka a retrouvé Jean Dieudonné à Nice, alors doyen de l’Université et organisateur du Congrès international des mathématiciens, au cours duquel il a reçu la Médaille Fields pour son théorème de résolution des singularités.

Dès qu’il a mis sur pied la Japan Association for Mathematical Sciences (JAMS), une de ses actions a été de financer des séjours de jeunes mathématiciens japonais à l’IHES. C’est après discussion avec lui qu’a pris forme l’idée d’un « Fonds Japon à l’IHES », une action plus vaste que le soutien fourni par JAMS, en cohérence avec les efforts de mécénat privé que l’Institut a commencé à développer dès 1998.

Après une succession d’évènements organisés à Tokyo avec son soutien militant pour créer ce fonds, la possibilité de profiter d’une procédure mise en place par le Keidanren, le MEDEF japonais, est apparue. Des contacts politiques pour ce faire ont été essentiels : ceux fournis par André Lévy-Lang à BNP Paribas Japon, via son directeur Yusuke Yasuda et son conseiller Toru Yosano, et ceux fournis par Raymond Barre, ancien président du Conseil d’administration de l’IHES, grâce à ses relations avec l’ancien Premier Ministre Yasuhiro Nakasone. Ces efforts ont abouti en 2007 grâce au soutien apporté par Fumio Cho, le président de Toyota qui était influent au Keidanren. La stature nationale d’Hironaka a bien entendu été décisive pour la crédibilité de cette démarche car elle a permis la mobilisation et l’engagement de personnes de premier plan.

Hironaka a été très présent en 2006 lors de la tenue à l’Institut d’une conférence sur les singularités soutenue par la Fondation Hayashibara dans le cadre de l’Année de l’Asie à l’IHES. A cette occasion il a donné une conférence très remarquable à la Maison du Japon à Paris. Jusqu’à la fin de mon mandat de directeur en 2013, je l’ai ensuite rencontré régulièrement lors de mes visites au Japon.

Au-delà de son action de mathématicien au plus haut niveau de la discipline, l’engagement d’Hironaka dans le soutien à des actions pour l’éducation à tous les niveaux et pour la coopération international a été constant tout au long de sa vie, comme d’autres témoignages le soulignent. L’attention positive qu’il a gardée pour l’IHES pendant toutes ces années en a fait un des alliés les plus fidèles dont l’Institut a bénéficié. Nous lui sommes infiniment redevables et la mémoire de son action doit être cultivée.

Jean-Pierre Bourguignon
Professeur honoraire Nicolaas Kuiper et ancien directeur de l’IHES