Echange avec Laure Saint-Raymond - IHES
Laure Saint-Raymond IHES

Echange avec Laure Saint-Raymond

IHES : Vous démarrez une nouvelle étape dans votre parcours de mathématicienne. Quels sentiments éprouvez‑vous ?

Laure Saint-Raymond : Indéniablement, j’ai un petit pincement au cœur en quittant l’ENS de Lyon où je viens de passer cinq très belles années. J’y ai apprécié le dynamisme du laboratoire de mathématiques toujours à la pointe dans son foisonnement scientifique et ses engagements communautaires (diffusion et sensibilisation à la recherche, publications ouvertes, réduction de l’empreinte carbone…). J’y ai également beaucoup apprécié les collaborations faciles et passionnantes avec le laboratoire de physique ainsi que la richesse et la solidité du réseau de recherche en Auvergne‑Rhône‑Alpes. J’y garderai d’ailleurs un petit pied pour continuer à travailler sur les fluides géophysiques et les questions liées à l’environnement, notamment dans le cadre de l’Institut des mathématiques de la Planète Terre.

Bien sûr, je suis aussi très impressionnée d’intégrer l’IHES, cette institution prestigieuse qui pour l’instant est pour moi plus un mythe qu’un lieu naturel pour effectuer ma recherche. D’une part, la liste des professeurs permanents qui s’y sont succédé met la barre très haut en termes de profondeur et d’impact des travaux. Mais en plus les thématiques qui y ont été développées jusque‑là me sont assez étrangères. Dans mon esprit, l’IHES évoque des grands noms des mathématiques que je n’associe pas forcément à des visages, ou encore des travaux qui ont révolutionné des pans entiers de la discipline mais auxquels je ne comprends essentiellement rien… Difficile d’identifier un point d’attache.

La page blanche… c’est peut-être finalement ce qui me stimule ! à la fois une grande liberté, et la responsabilité de faire émerger une dynamique nouvelle, de marquer sa propre empreinte. Je mesure la chance qui m’est offerte, même si cela donne parfois le vertige. L’IHES dispose d’un cadre très propice au travail individuel de recherche, tout en offrant de nombreuses possibilités de faire venir des étudiants ou des collègues étrangers. Son environnement scientifique est extrêmement porteur, réunissant notamment l’université d’Orsay et les écoles du plateau de Saclay. Je ne doute pas que ce mélange de calme et de fourmillement provoquera des rencontres inattendues et suscitera des questionnements fructueux.

Comment décririez-vous votre approche des mathématiques ?

Je n’ai ni la force technique, ni la volonté de m’attaquer de front à des conjectures réputées difficiles auxquelles certains mathématiciens consacrent toute leur vie, dans un long bras de fer. Je préfère les chemins de traverse, les curiosités de la physique, les connections surprenantes entre des champs disciplinaires apparemment éloignés… J’aime les mathématiques qui formalisent des intuitions simples, qui se partagent.

En un certain sens, les mathématiques sont à la confluence entre le raisonnement scientifique et la création artistique. Tous les mathématiciens n’ont pas les mêmes goûts, mais ils attachent de l’importance à la notion d’esthétique. C’est ce que j’espère pouvoir transmettre un peu à mes étudiants et plus largement aux personnes que je rencontre dans les évènements à destination du grand public.

On peut essayer de (se) convaincre de l’utilité des mathématiques, mais c’est un terrain glissant. Par contre, on peut s’émerveiller sans modération de toutes les idées qui germent doucement et finissent par éclore là où on ne les attendait pas forcément, de toutes les constructions abstraites éparses qui finissent par se révéler fortement connectées.

Cette magie des mathématiques doit faire rêver… au-delà du cercle des mathématiciens !

Page personnelle de Laure Saint-Raymond