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Le mathématicien John T. Tate vient de mourir à l’âge de 94 ans

C’est avec grande tristesse que l’Institut a appris la disparition, à l’âge de 94 ans, de John Torrent Tate, mathématicien américain mondialement connu pour ses travaux en théorie des nombres et en géométrie algébrique.

Son influence dans ces domaines est témoignée par les nombreux concepts portant son nom.  La torsion de Tate, le groupe de Tate-Shafarevich, le module de Tate, les algèbres de Tate, la cohomologie de Tate, le théorème dualité de Tate, la trace de Tate, la théorie de Hodge-Tate, et la conjecture de Sato-Tate, en sont quelques exemples.

Après une maîtrise en mathématiques à l’université d’Harvard et une thèse à Princeton sur « l’analyse de Fourier dans les corps de nombres et la fonction zêta de Hecke », sous la supervision d’Emil Artin, Tate a enseigné à Harvard pendant 36 ans. En 1990, il a rejoint l’université du Texas à Austin, où il est resté jusqu’à sa retraite en 2009.

Pendant toute sa carrière, John T. Tate a noué de forts liens avec la communauté mathématique française. À partir des années 1950, et pendant une dizaine d’années, il a fait partie du groupe Bourbaki. Il a donné des séminaires au Collège de France et a été professeur invité à l’IHES à plusieurs reprises. Avec Jean-Pierre Serre, il est l’auteur de la théorie qui porte désormais leurs noms, la théorie de Serre-Tate. À partir des années 1950, ils ont entretenu une longue correspondance scientifique, qui a été publiée en partie en 2015 par la Société mathématique de France.

Un épisode en particulier lie sa théorie des espaces analytiques rigides à l’Institut. En 1962 l’IHES a diffusé le texte de Tate sur la géométrie rigide, à la demande de J.-P. Serre mais sans son accord. Le texte a ensuite été publié dans la revue mathématique Inventiones Mathematicae et a servi de base au développement de la géométrie rigide. L’idée de Tate que l’uniformisation p-adique des courbes elliptiques indiquait l’existence d’une théorie générale des espaces analytiques p-adiques a été radicalement novatrice. Grothendieck même avait été très sceptique au début, pour changer d’avis une fois que Tate a commencé à élaborer sa théorie en 1961 [1].

Depuis 1992 John T. Tate a été membre étranger associé de l’Académie des sciences. Il a également été membre de la National Academy of Sciences, de l’American Mathematical Society, de l’Académie norvégienne des sciences et des lettres, et membre honoraire de la London Mathematical Society.

En 2010 il a obtenu le Prix Abel, l’une des deux plus prestigieuses récompenses en mathématiques, « pour l’étendue et le caractère durable de son influence sur la théorie des nombres ». Le Prix Wolf en 2002, le Prix Steele en 1995 et le Prix Cole en théorie des nombres, en 1956 sont parmi les nombreuses autres distinctions qu’il a reçues tout au long de sa carrière.

L’IHES présente ses plus sincères condoléances à sa famille.

 

 

[1] J.S. Milne, The work of John Tate, arXiv:1210.7459, p.28