Conférence scientifique de lancement de la Chaire Jean-Pierre Bourguignon à l’IHES

Grâce à un don exceptionnel de Claire-Lise et Philippe Tondeur et de Marilyn et Jim Simons, l’IHES est fier d’annoncer la création d’une Chaire de professeur permanent au nom de Jean-Pierre Bourguignon. Le premier détenteur de cette Chaire est Dustin Clausen.

Grâce à un don exceptionnel effectué aux fonds propres de Friends of IHES, l’organisation partenaire de l’Institut aux États-Unis, par Claire-Lise et Philippe Tondeur d’une part, ainsi que Marilyn et Jim Simons de l’autre à travers la Simons Foundation International, l’IHES est fier d’annoncer la création d’une Chaire de professeur permanent au nom de Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l’IHES de 1994 à 2013 et désormais professeur honoraire Nicolaas Kuiper à l’Institut. Le premier détenteur de la Chaire Jean-Pierre Bourguignon est Dustin Clausen, qui a rejoint l’Institut en avril 2023.

Pour marquer le lancement de la Chaire Jean-Pierre Bourguignon, une conférence scientifique est organisée par Dustin Clausen vendredi 26 janvier. Le programme de cette conférence est le suivant :

9h00 Café d’accueil
9h30 Mot d’accueil par Emmanuel Ullmo, Directeur de l’IHES
9h40 Tomer Schlank, Université Hébraïque de Jerusalem
Stable Homotopy Group, Higher Algebra and the Telescope Conjecture
10h45 Pause café
11h15 Arthur-César le Bras, CNRS, Université de Strasbourg
Stacks in the p-adic Hodge Theory of Rigid Analytic Spaces
12h15 Déjeuner – buffet
13h30 Vincent Pilloni, CNRS, Université Paris-Saclay
Modularity of Abelian Surfaces
14h45 Peter Scholze, Institut Max Planck de Mathématiques, Bonn
Motives and Ring Stacks
15h45 Conclusion par Dustin Clausen, détenteur de la Chaire Jean-Pierre Bourguignon
16h00 Café / thé

Les inscriptions pour cette conférence sont ouvertes à tous et désormais disponibles en ligne ici. Télécharger ici l’affiche de la conférence.

Une cérémonie dédiée sera ensuite organisée le jeudi 1er février sous format hybride, à l’IHES et en ligne, pour célébrer l’inauguration de la Chaire Jean-Pierre Bourguignon, avec la participation des grands donateurs à l’origine de celle-ci.

Meilleurs vœux 2024

Découvrez un aperçu de l’année 2023 qui fut dense en événements.

L’IHES, membre fondateur de l’Université Paris-Saclay, vous souhaite une merveilleuse année 2024 !

Nominations à l’Académie des Sciences de Paris

Hugo Duminil-Copin, professeur permanent à l'IHES et professeur ordinaire à l'Université de Genève, et Frank Merle, Chaire d'analyse CY Cergy Paris Université - IHES sont nommés à l'Académie des Sciences de Paris.

Hugo Duminil-Copin, professeur permanent à l’IHES et professeur ordinaire à l’Université de Genève, et Frank Merle, Chaire d’analyse CY Cergy Paris Université – IHES sont nommés à l’Académie des Sciences de Paris.

Ce mardi 12 décembre 2023, deux chercheurs de l’IHES ont été nommés à l’Académie des Sciences de Paris.

Hugo Duminil-Copin est professeur permanent à l’IHES et professeur ordinaire à l’Université de Genève, lauréat de la médaille Fields en 2022, et l’un des 12 membres à rejoindre le Conseil présidentiel de la science installé par Emmanuel Macron le 7 décembre 2023. Hugo Duminil-Copin est un probabiliste. Ses travaux portent sur la branche mathématique de la physique statistique. Il utilise des idées provenant de la théorie des probabilités pour étudier le comportement critique de divers modèles sur réseaux tels que les modèles d’Ising, de Potts, de marches auto-évitantes, et de percolation.

Frank Merle est mathématicien et titulaire de la chaire d’analyse CY Cergy Paris Université – IHES. Frank Merle a apporté de nombreuses contributions importantes et séminales à l’étude qualitative des solutions d’équations aux dérivées partielles non linéaires issues de la physique. Son travail a été pionnier dans l’analyse fine des solutions de blowup et de la collision des solitons, ainsi que dans la conjecture de résolution des solitons. Ses travaux révolutionnaires ont eu une grande influence dans le domaine et au-delà. Tout au long de sa carrière, Frank Merle a reçu de nombreuses distinctions.

Rencontre avec les étudiants du programme Bachelor de l’X à l’IHES

Le 28 novembre, l’IHES a accueilli 80 étudiants du programme Bachelor de l’École polytechnique.

Le 28 novembre, l’IHES a accueilli 80 étudiants du programme Bachelor de l’École polytechnique. Ces étudiants, rassemblés par l’AX, l’Association des anciens élèves de l’École polytechnique, ainsi que l’ORE, association étudiante du programme Bachelor, se sont rendus à l’Institut afin d’échanger avec les mathématiciens et les mathématiciennes qui font partie de la communauté de l’IHES.

Konstantinos Alexopoulos, ancien élève du programme Bachelor, aujourd’hui en doctorat à l’ETHZ, Leila Bassou, X2016, doctorante à l’École polytechnique, Antonin de Courcel, X2019, doctorant à l’IHES, Orso Forghieri, X2018, doctorant à l’École polytechnique, Adrien Hardy, mathématicien, chercheur quantitatif chez Qube R&T, Selmen Jnifen, X2019, Pascal Massart, mathématicien, directeur de la Fondation Mathématique Jacques Hadamard et Jing-Rebecca Li, mathématicienne appliquée à INRIA, ont partagé leur expérience et dévoilé leurs parcours, tout en illustrant la diversité des opportunités qui s’offrent aux élèves qui souhaitent poursuivre leurs études dans le domaine des mathématiques.

Inspirés par les défis relevés par les intervenants, certain(e)s étudiant(e)s du programme Bachelor ont quitté l’Institut avec l’idée de viser des Masters ou même des doctorats en mathématiques.

Ouverture d’une Maison d’assistantes maternelles à l’Ormaille

L'Institut est ravi d'annoncer l'ouverture d'une Maison d'assistantes maternelles au sein de la résidence de l'Ormaille, résidence qui permet d'accueillir les chercheurs et chercheuses en visite à l'IHES.

L’Institut est ravi d’annoncer l’ouverture d’une Maison d’assistantes maternelles, avec le soutien d’Ardian, au sein de la résidence de l’Ormaille, résidence qui permet d’accueillir les chercheurs et chercheuses en visite à l’IHES.

L’une des missions essentielles de l’IHES est de créer un environnement propice à la recherche, offrant aux scientifiques toute la liberté nécessaire pour se consacrer pleinement à leurs travaux, sans contrainte administrative ou d’enseignement. Une équipe dévouée les assiste dans leurs démarches administratives avant leur arrivée, et une fois sur place, ils bénéficient non seulement d’espaces de travail exceptionnels, mais aussi de logements adaptés, permettant notamment d’accueillir leur famille.

Dans un effort continu d’améliorer ces conditions d’accueil, l’Institut renforce son offre pour l’adapter toujours plus aux besoins des chercheurs et des chercheuses. L’inauguration de cette Maison d’assistantes maternelles constitue une avancée majeure pour permettre aux parents en visite à l’Institut de faire garder leurs jeunes enfants, âgés de 2 mois à 6 ans, pendant leur séjour.

Parallèlement, l’Institut continue la rénovation de ses infrastructures. Alors que des accès adaptés aux personnes à mobilité réduite ont été mis en place sur l’ensemble du campus de Bois-Marie, les travaux effectués à la résidence de l’Ormaille permettent désormais d’offrir des logements répondant aux normes les plus élevées en matière d’efficacité énergétique et d’équipements.

Si l’IHES peut offrir une telle qualité d’accueil aux scientifiques, c’est grâce à la générosité de ses donateurs et donatrices du monde entier. C’est pourquoi, cette année, l’IHES a choisi de participer au #GivingTuesday, le mouvement mondial qui promeut la générosité, en dévoilant la ci-dessous vidéo de présentation de la résidence de l’Ormaille rénovée. A votre tour, célébrez ce #GivingTuesday en faisant un don à l’IHES !

Le Gala 2023 de Friends of IHES a battu tous les records

Le gala 2023 de Friends of IHES s'est tenu le 2 novembre dans la magnifique Rainbow Room du Rockefeller Center de New York et portait sur le thème « Jazz and Physics ».

Plus de 220 personnes se sont réunies dans la magnifique Rainbow Room du Rockefeller Center de New York le 2 novembre pour le gala 2023 de Friends of IHES, qui portait sur le thème « Jazz and Physics ».

Grâce à la générosité des sponsors et des invités du gala, plus de 1, 22 millions de dollars ont été récoltés lors de cette soirée, ce qui constitue un nouveau record dans l’histoire des galas de Friends of IHES.

Après le cocktail, les invités ont été accueillis par Marcus Miller, le maître de cérémonie, qui a veillé à ce que chaque moment de la soirée soit inoubliable. Alors que le gala était placé sous le haut patronage de Laurent Bili, Ambassadeur de France aux Etats-Unis et de Jérémie Robert, Consul général de France à New York, c’est Damien Laban, Consul général adjoint de France à New York, qui a prononcé le discours inaugural de la soirée.

Saxophoniste professionnel et cosmologiste, Stephon Alexander a ensuite prononcé un discours captivant sur le jazz et les sphères musicales, avant d’offrir au public une performance musicale unique en compagnie des invités d’honneur Will Calhoun, Santi Debriano et Hector Martignon. Marcus Miller s’est associé à eux pour quelques chansons. Ensemble, leur talent et leur passion ont fait se rejoindre les mondes de la physique et de la musique de manière harmonieuse.

Jim et Marilyn Simons, co-présidents de Friends of IHES, ont encouragé les invités à contribuer aux fonds propres de Friends of IHES en offrant d’égaler tous les dons effectués au cours de l’appel à contributions lancé par Lydia Fenet, commissaire-priseur. Plus de 450 000 dollars ont ainsi été récoltés dans ce seul but, après une grande effervescence autour des articles exclusifs qui étaient proposés aux enchères. Nous remercions tout particulièrement X, Moonshot Factory, SETI, Unistellar, Will Calhoun et son groupe The Living Colour ainsi que Stephon Alexander pour leurs contributions à cette vente aux enchères.

Friends of IHES et l’IHES remercient tous les donateurs du gala qui ont fait de cet événement un moment exceptionnel. Nous remercions en premier lieu la Simons Foundation International, gala underwriter. Nous remercions également Société Générale, Premier Sponsor, ainsi que les autres sponsors du gala, Jump Trading, David Faucon, XTX Markets, BNP Paribas, Bristol Assurances, Michael R. & Nina Douglas, Ross Garon, Kavita Shah & Benjamin Servenay, Bloomberg, Ipsos, et Farida Khelfa & Henri Seydoux. Merci également à William R. Hearst III, gala benefactor, pour son soutien.

Merci sincèrement à tous les donateurs. Leur générosité pendant ce gala contribue à soutenir durablement le modèle de recherche désintéressé de l’IHES.

Découvrez ici les photos sur le site du gala !

Arrivée d’un nouveau professor junior

Clément Delcamp a rejoint l'Institut en tant que professeur junior en physique théorique le 1er octobre 2023.

Ingénieur de formation, Clément Delcamp part étudier la physique théorique en Angleterre en 2013 avant de passer sa thèse au Perimeter Institute au Canada en 2018. Après des séjours de postdoctorat à la société Max Planck en Allemagne (2018-2022) et à l’Université de Gand en Belgique (2022-2023), Clément Delcamp devient professeur junior à l’IHES en octobre 2023.

La recherche de Clément Delcamp se situe à la frontière des mathématiques (théorie des catégories) et de la physique de la matière condensée, où il s’intéresse plus particulièrement à l’étude des états de la matière.

Une notion centrale dans le travail de Clément Delcamp est celle de symétrie généralisée. Issue de la théorie topologique des champs quantiques, elle a permis d’étendre considérablement la notion classique de symétrie, et de recouvrir la théorie de brisure de symétrie de Landau, qu’il est aujourd’hui possible d’appliquer à des situations à priori hors de sa portée. Tout comme le langage mathématique des symétries classiques est celui de la théorie des groupes, la symétrie généralisée est exprimée à l’aide des n-catégories de fusion. Ainsi, les physiciens peuvent aujourd’hui revisiter le rôle de la symétrie dans divers systèmes physiques sous le prisme de la théorie des catégories.

Dans son travail, Clément Delcamp applique les méthodes développées pendant sa thèse pour les théories topologiques des champs à des théories symétriques discrètes. Idéalement, il aimerait parvenir à la construction d’un dictionnaire entre la théorie des catégories (supérieures) et la physique de la matière condensée. Un de ses outils favoris pour y parvenir sont les réseaux de tenseurs qu’il a étudiés avec des experts de premier plan comme Norbert Schuch, Frank Verstraete et Guifré Vidal. Les réseaux de tenseurs permettent de paramétriser les états et les opérateurs apparaissant en mécanique quantique. L’idée fondamentale est qu’on peut obtenir beaucoup de « grands » opérateurs par recollement d’opérateurs « plus petits ». Cette opération de décomposition contient d’importantes informations physiques, qui, couplées à la représentation graphique des réseaux de tenseurs permet de comprendre le sens physique de constructions catégoriques abstraites. Même si ces méthodes ont permis d’éclairer considérablement la situation en dimension (2+1), il reste encore beaucoup à comprendre en dimension supérieure. Une idée conjecturale importante de John Baez prédit que les systèmes physiques de dimension n sont décrits par des n-catégories. Passer de la dimension n à la dimension n+1 revient donc à un certain processus de catégorification. C’est ce processus que Clément Delcamp essaye de comprendre dans le cadre de la physique de la matière condensée.

A l’IHES, Clément Delcamp prévoit de continuer sa recherche à l’interface entre la théorie de la matière condensée et la théorie des catégories. Il a déjà échangé au sujet d’une possible collaboration avec le mathématicien Edmund Heng qui vient de prouver une version du théorème de Gabriel pour les catégories de fusion. Avec Slava Rychkov, il espère aussi reprendre ses travaux sur la renormalisation des réseaux de tenseurs.

Accueil en délégation à l’IHES

La délégation est une position spécifique proposée aux maîtres et maîtresses de conférences, professeures et professeurs des universités d’accueil en activité de recherche au CNRS.

La délégation est une position spécifique proposée aux maîtres et maîtresses de conférences, professeures et professeurs des universités d’accueil en activité de recherche au CNRS.

Pour la campagne 2023, l’IHES propose, en partenariat avec l’INSMI, deux délégations de 6 mois.

Enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs sont invités à constituer leur dossier de demande d’accueil en délégation au CNRS sur l’application Galaxie (date limite de dépôt des candidatures 20 octobre 2023 à 16h). Il est aussi demandé de prendre contact avec un chercheur de l’IHES ou d’écrire à Emmanuel Ullmo, ullmo@ihes.fr,  pour manifester son intérêt pour un séjour de recherche à l’IHES dans ce cadre. Les accueils pourront commencer le 1er septembre 2024 ou le 1er février 2025. Les personnes sélectionnées pourront bénéficier d’un logement à la résidence de l’Institut qui peut convenir à une famille. Une aide à la garde d’enfant en bas âge est aussi possible.

Les délégations au CNRS font l’objet d’une convention entre le CNRS et l’établissement d’origine de l’enseignant-chercheur ou de l’enseignante-chercheuse. Une compensation financière est versée par  le CNRS à l’établissement d’origine pour  le remplacement de l’enseignant-chercheur ou de l’enseignante-chercheuse dans son service d’enseignement. l’IHES remboursera au CNRS les coûts des délégations à l’IHES.

Plus d’informations

Conférence par Marleen Temmerman le 10 novembre 2023


Marleen Temmerman, obstétricienne et experte auprès de l’OMS, a donné une conférence grand public (en français) intitulée :

« Pourquoi la grossesse et l’accouchement sont-ils encore si mortels ? »

Selon un rapport récent de l’OMS, une femme meurt pendant l’accouchement toutes les deux minutes, soit un total de 287 000 femmes par an.
Mais pourquoi, près de 30 ans après la Déclaration de Beijing, la santé mondiale échoue-t-elle pour les femmes et les filles ? Qu’est-ce qui empêche les gouvernements et les institutions de respecter leurs engagements ?
Un changement radical est nécessaire et pour cela nous devons d’abord comprendre les suprématies et les pouvoirs à l’œuvre et la dynamique dans laquelle ils opèrent qui empêchent les progrès de continuer.
Marleen Temmerman a présenté les causes de la mortalité maternelle dans le monde et les clés possibles pour y remédier.


Télécharger l’affiche

Contact : Ingrid Peeters

Retour sur la conférence en l’honneur de René Thom

L’année 2023 marque le centième anniversaire de la naissance du mathématicien français René Thom, professeur permanent à l’IHES entre 1963 et 1988. Lauréat de la médaille Fields en 1958, René Thom a laissé une empreinte profonde, non seulement en mathématiques, mais aussi en biologie et en philosophie.

L’année 2023 marque le centième anniversaire de la naissance du mathématicien français René Thom, professeur permanent à l’IHES entre 1963 et 1988. Lauréat de la médaille Fields en 1958, René Thom a laissé une empreinte profonde, non seulement en mathématiques, mais aussi en biologie et en philosophie.

Après un colloque orienté grand public à l’Académie des Sciences le 19 septembre, la célébration de l’héritage scientifique de René Thom s’est poursuivie du 20 au 22 septembre avec une conférence internationale plus spécialisée à l’IHES.

Sur le plan des mathématiques, les orateurs venant de divers horizons ont démontré à quel point les idées de René Thom ont influencé les mathématiques, et continuent d’être pertinentes pour la recherche aujourd’hui.

Outre l’apport manifeste des idées de René Thom dans les domaines de la théorie des singularités (exposés de N. A’Campo, K. Kurdyka, D. Sullivan et B. Teissier) ou des systèmes dynamiques (exposés de A. Chenciner et A. Rechtman), les notions de cobordisme et de transversalité sont aujourd’hui généralisées (ou « catégorifiées », comme cela a été suggéré dans l’exposé de O. Randal-Williams) pour répondre à des questions issues de la physique mathématique et plus particulièrement de la théorie des champs quantiques topologiques. Cette théorie figure notamment parmi les centres d’intérêt de Maxim Kontsevich, lui aussi médaille Fields, professeur permanent à l’IHES et membre du comité scientifique de la conférence.

La conférence a aussi permis de rappeler que c’est finalement le travail de Thom sur les inégalités différentielles qui a inspiré Misha Gromov dans sa découverte du h-principe, un outil révolutionnaire pour la résolution d’équations aux dérivées partielles non-linéaires, notamment celles issues de la géométrie (exposé de E. Giroux).

De manière plus concrète, Ivar Ekeland, auteur du livre « Les crises écologiques du 21èmesiècle », a montré comment les idées de René Thom pourraient nous aider à dépasser les limites de l’optimisation classique dans le contexte de la modélisation liée aux problématiques issues du changement climatique.

En dehors des mathématiques, René Thom a toujours cherché le dialogue avec les scientifiques d’autres disciplines. Son livre « Stabilité structurelle et morphogénèse » a contribué au développement de la biologie théorique dans les années 1970 (exposé de A. Danchin). Les modèles morphologiques et la correspondance Thom-Waddington sont aujourd’hui des objets d’étude en philosophie des sciences (exposés de S. Franceschelli et J. Petitot). Notons ici que, contrairement aux mathématiciens associés au collectif Bourbaki, l’image est cruciale dans la réflexion de René Thom. Chargée de concepts, l’image est source de tension créatrice et lui permet de définir un agenda pour sa recherche. Le fameux « paysage épigénétique » de Waddington l’a notamment inspiré dans son approche de la modélisation du vivant. De façon plus surprenante, la théorie des catastrophes a aussi eu un impact en chimie quantique. Depuis le milieu du 19ème siècle, les chimistes tracent les « chemins de liaisons » entre les atomes dans une molécule. Durant une réaction chimique, ces chemins peuvent subir des changements soudains. Les travaux de R.F.W. Bader sur la théorie quantique des atomes dans les molécules ont montré que la théorie des catastrophes était le bon cadre théorique pour comprendre ces changements (exposé de C. Matta). Plus récemment, les idées de Thom ont aussi joué un rôle en psychologie (exposé de D. Bennequin) et dans les arts visuels et la musique (exposé de W. Wildgen).

Enfin, une session de souvenirs a non seulement permis de revoir et d’entendre René Thom mais aussi de découvrir des commentaires de mathématiciens avec lesquels il a interagi.

En 2011, le regretté André Haefliger avait lancé l’idée de publier une édition annotée de la correspondance de René Thom pour compléter la publication de ses œuvres complètes. Grâce au travail et au dévouement de l’équipe éditoriale autour de Marc Chaperon, les trois volumes sont aujourd’hui disponibles à l’achat auprès de la SMF. Outre les œuvres et la correspondance de René Thom, ces livres contiennent aussi des commentaires rédigés, entre autres, par Alain Chenciner, François Laudenbach, Jean Petitot, Bernard Teissier et David Trotman.

Le lecteur intéressé pourra également retrouver prochainement un enregistrement de tous les exposés de la conférence sur la chaîne carmin.tv.

Entretien avec Dustin Clausen

Dustin a rejoint l’IHES en avril 2023 en tant que professeur permanent en mathématiques. Cet entretien évoque son rapport aux mathématiques et de ce que faire partie de l’IHES signifie pour lui. Il nous offre aussi un aperçu de ses sujets de recherche.

Dustin a rejoint l’IHES en avril 2023 en tant que professeur permanent en mathématiques. Dans cet entretien il parle de son rapport aux mathématiques et de ce qu’être à l’IHES signifie pour lui. Il nous donne aussi un aperçu de ses sujets de recherche.

•    Qu’est-ce qui vous a attiré vers les mathématiques ?

Au départ, deux aspects m’intéressaient. C’était premièrement la possibilité d’obtenir des réponses définitives car en mathématiques, contrairement à beaucoup d’autres préoccupations humaines, les affirmations peuvent être formulées avec précision et sont vraies – ou fausses. En tant que jeune dans un monde incertain, cette certitude m’attirait. Je citerais deuxièmement le sentiment d’indépendance que procurent les mathématiques. Il n’est pas nécessaire d’accepter une quelconque autorité et tout peut être vérifié grâce à la logique. Plus tard, j’en suis venu à apprécier ce que l’on pourrait appeler la beauté des mathématiques. La structure rigide des mathématiques offre un monde d’une profondeur, d’une complexité et d’un enchantement incroyables, où, peut-être paradoxalement, la créativité humaine peut réellement s’épanouir. D’une certaine manière, on observe un lien similaire entre rigidité et créativité dans d’autres disciplines artistiques : à de nombreuses reprises dans l’histoire, des groupes d’artistes ont fixé des règles pour concentrer leur force créatrice. Or, en mathématiques, les règles sont fixées par la nature elle-même et façonnent un monde dont la structure va bien au-delà de ce que les lois créées par l’être humain peuvent réaliser.

•    Que signifie pour vous le fait d’avoir rejoint l’IHES en tant que professeur permanent ?

En ce qui me concerne, le poste de professeur permanent à l’IHES représente la concrétisation suprême de l’indépendance et de la liberté auxquelles j’ai toujours aspiré. Ici, j’ai vraiment l’impression de pouvoir me consacrer entièrement à mon travail. Je suis infiniment reconnaissant de constater l’existence d’un tel endroit et du poste que l’on m’a offert.

•  Quels sont les projets de recherche que vous souhaitez mener dans le futur proche ?

Avec Peter Scholze, et sur la base des travaux novateurs d’Alexander Efimov, j’ai étudié la K-théorie des espaces analytiques. Ensemble, nous avons formulé une conjecture selon laquelle cette K-théorie dans le monde des espaces analytiques complexes devrait être simplement une forme de cohomologie de Deligne, et j’ai très envie d’essayer de prouver cette conjecture. Entretemps, une nouvelle porte s’est ouverte en théorie de l’homotopie chromatique, grâce à la résolution (négative !) de la conjecture du télescope par Robert Burklund, Jeremy Hahn, Ishan Levy, et Tomer Schlank. Il est possible que je consacre un certain temps à essayer d’identifier la nature de la structure dans la théorie de l’homotopie télescopique étant donné cette réfutation de la vision de départ.

•  Sur quoi portent vos travaux ?

De manière générale, je travaille plutôt sur l’algèbre linéaire. Cela paraît simple, et la simplicité représente en effet l’un des principaux attraits de l’algèbre linéaire. Mais elle est aussi remarquablement efficace. Naïvement, on pourrait penser que l’algèbre linéaire est limitée, parce que, géométriquement parlant, elle ne peut décrire que des objets unidimensionnels. Après tout, les solutions des équations linéaires sont toujours unidimensionnelles. Mais un changement de perspective surprenant permet de montrer que l’algèbre linéaire peut capturer toutes sortes d’objets géométriques. On ne pense pas à l’algèbre linéaire simple, mais à la façon dont la structure de l’algèbre linéaire peut varier d’un point à l’autre pour un objet géométrique donné. Par exemple, le fait qu’il n’y ait pas de coordonnées globales cohérentes sur une sphère (la surface de la Terre, par exemple) nous renseigne sur la forme de la sphère. Avec Peter Scholze, j’ai récemment développé une extension de l’algèbre linéaire qui permet de décrire une géométrie de plus en plus complexe. Nous appelons cette extension « mathématiques condensées ». L’idée est d’allier l’algèbre linéaire à la topologie au niveau même des fondations, ce qui permet d’obtenir une classe plus riche d’objets algébriques linéaires de base, et par conséquent des objets géométriques plus riches.

Un thème connexe qui traverse mon travail est celui de la K-théorie. Un fait fondamental en algèbre linéaire est que les espaces vectoriels à dimension finie sont classés uniquement en fonction de leur dimension. En d’autres termes, il n’existe qu’un seul type d’espace plat dans chaque dimension. Mais la situation change lorsqu’on pense à des espaces de dimension finie qui varient sur un objet géométrique, comme dans le paragraphe précédent. Plus précisément, ces objets sont connus sous le nom de faisceaux de vecteurs, et un faisceau de vecteurs nécessite plus d’informations que sa simple dimension pour le déterminer, car l’algèbre linéaire peut être « tordue » lorsque l’on change continuellement de point. Le célèbre ruban de Möbius en est l’exemple parfait. Ici, l’objet géométrique est le cercle situé au centre de la bande de Möbius, et les tranches perpendiculaires peuvent être considérées comme des espaces vectoriels unidimensionnels variant de manière « tordue » avec le point sur le cercle.

La nature des torsions possibles dépend beaucoup de l’objet géométrique de départ, à tel point que la classification des faisceaux de vecteurs nous donne beaucoup d’informations sur la géométrie. La K-théorie d’Alexandre Grothendieck, qui convertit remarquablement bien l’algèbre linéaire en informations géométriques pertinentes, en est une illustration. L’idée est de simplifier la classification des faisceaux de vecteurs en ne considérant que certains invariants dits « additifs » des faisceaux de vecteurs, qui sont des variantes de la fonction de dimension bien connue. Il s’avère que ces invariants additifs sont suffisamment nombreux pour que la théorie donne beaucoup d’informations, mais pas trop pour que nous n’ayons aucun espoir de la comprendre. J’ai étudié l’algèbre linéaire et la théorie K dans de nombreux contextes différents, de la théorie des nombres à la topologie algébrique en passant par l’analyse, mais ma motivation et ma compréhension sont souvent venues de la géométrie.

Un autre aspect important de mon travail est l’utilisation systématique des méthodes de la théorie de l’homotopie. Fondamentalement, faire de la théorie de l’homotopie signifie accorder une attention toute particulière à ce que l’on entend par égalité. Souvent, lorsque nous disons que deux choses sont égales, ce que nous voulons dire, c’est que nous avons une façon de les considérer comme identiques, ou plus précisément, que nous avons une identification entre elles. Dans la théorie de l’homotopie, on prend cela très au sérieux : les identifications possibles sont considérées comme des objets fondamentaux eux-mêmes, dignes de la même étude détaillée que les objets originaux identifiés. La poursuite de cette idée conduit rapidement à une hiérarchie infinie : il faut alors également étudier les manières d’identifier les différentes identifications, et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Les origines de la théorie de l’homotopie viennent de la topologie : étant donné un espace, on peut dire que deux points sont « les mêmes » s’ils peuvent être reliés par un chemin, que deux chemins sont les mêmes s’ils peuvent être reliés par un chemin de chemins, et ainsi de suite. Par exemple, sur un cercle, tous les points sont « les mêmes » en ce sens, mais plus précisément, deux points peuvent être considérés comme les mêmes de nombreuses façons différentes : on peut faire le tour du cercle un nombre quelconque de fois (dans le sens des aiguilles d’une montre ou dans le sens inverse) avant de se retrouver au deuxième point. On dit que « le groupe fondamental du cercle est le groupe des entiers Z », ce qui permet de rendre compte du fait géométrique/topologique qu’un cercle est fait pour entourer des régions bidimensionnelles sans les traverser.

Cependant, la théorie de l’homotopie est pertinente bien au-delà de ses origines en topologie, puisque la situation dans laquelle il faut considérer des identifications entre des identifications et ainsi de suite se présente dans de nombreuses situations sans lien a priori avec des chemins dans l’espace. L’une de ces situations se trouve précisément dans la K-théorie. Là, nous avons décidé d’identifier deux faisceaux de vecteurs lorsque chaque invariant additif donne le même résultat sur les deux. Mais il existe une façon plus fondamentale d’exprimer quand cela se produit, ou plutôt comment cela se produit, et la question des identifications entre identifications, etc. se pose alors. La théorie qui en résulte, appelée K-théorie algébrique supérieure, a été développée avec souplesse par Daniel Quillen et a été très utilisée dans les nombreux domaines où la K-théorie est pertinente. C’est la K-théorie algébrique supérieure qui a fait l’objet d’une attention particulière de ma part. Pour faire des progrès sérieux en K-théorie algébrique supérieure, il faut un langage flexible et fidèle pour discuter des questions de théorie de l’homotopie. Heureusement, ce langage m’a été fourni par mon directeur de thèse, Jacob Lurie, qui a passé beaucoup de temps à développer les fondements de ce que l’on appelle les catégories d’infinité, qui sont les environnements natifs où se produit la théorie de l’homotopie. Comme de nombreux chercheurs qui s’appuient aujourd’hui sur des techniques de la théorie de l’homotopie, j’utilise librement les catégories d’infinité dans mon travail.

En fin de compte, malgré toutes ces discussions sur l’algèbre linéaire, la K-théorie, la théorie de l’homotopie et les catégories de l’infini, mon intérêt fondamental pour les mathématiques est la théorie des nombres.  J’ai commencé à étudier la K-théorie parce qu’en tant qu’étudiant en doctorat, j’ai découvert une preuve vraiment nouvelle d’un fait fondamental en théorie des nombres, la loi de réciprocité quadratique, et j’ai réalisé que la K-théorie fournissait le langage correct pour exprimer cette preuve. J’ai rapidement poussé la méthode pour retrouver une loi de réciprocité plus sérieuse, la loi de réciprocité d’Artin. Depuis lors, j’ai fait de nombreuses tentatives pour généraliser davantage les extensions fascinantes et profondes de la loi de réciprocité que l’on trouve dans le programme de Langlands. Jusqu’à présent, je n’ai pas réussi, mais c’est mon plus grand objectif : comprendre le programme de Langlands de la même manière que j’ai compris la loi de réciprocité d’Artin. J’espère que l’étude de l’algèbre linéaire, de la K-théorie et de la théorie de l’homotopie que j’ai faite entre-temps m’y aidera. Mais plus encore, j’espère que d’autres personnes s’intéresseront au même problème ! Mais pour cela, j’ai probablement besoin de trouver un programme ou un chemin qui pourrait être suivi.

Conférence par Claudia Silva et Oscar Garcia-Prada, organisée par les Amis de l’IHES

Claudia Silva et Oscar Garcia-Prada ont donné une conférence à deux voix le mardi 3 octobre 2023 à 18H00 dans le Centre de conférences Marilyn et James Simons et sur Zoom.

Nouvelle conférence grand public organisée par Les Amis de l’IHES le mardi 3 octobre 2023, 18H00 (heure française) à l’IHES

Claudia SILVA, anthropologue, photographe et vidéaste, et Oscar GARCIA-PRADA, géomètre et titulaire d’une chaire de recherche à l’Institut des Sciences Mathématiques à Madrid (CSIC) ont donné une conférence grand public (en français) dans le cadre de l’exposition photographique :

« Kolam, un art éphémère des femmes de l’Inde du Sud. »

En déambulant dans les rues d’Inde du sud, on peut faire l’expérience (étonnante) de découvrir sur le sol de beaux dessins aux motifs d’inspiration géométrique réalisés avec de la farine de riz. Cet art éphémère, appelé Kolam, est pratiqué tous les matins par les femmes de l’état du Tamil Nadu à l’entrée de leur maison.

Dans son exposé, Claudia SILVA a présenté divers aspects et idées qui sous-tendent Kolam, cette belle tradition du Sud de l’Inde. Elle a abordé les aspects anthropologiques et le lien de cet art bien particulier à l’éducation et aux pratiques culturelles des femmes.

Oscar GARCIA-PRADA a évoqué quant à lui certaines des connexions de Kolam avec la géométrie, la théorie des graphes, la théorie des nombres, les fractals et l’informatique.

La conférence a été suivie d’un verre de l’amitié au cours duquel les participants ont eu le temps de découvrir l’exposition de photos de Kolam préparée par Claudia Silva.

Vous pouvez accéder au replay de la conférence ici.

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Contact : Ingrid Peeters