Evénements à Londres

Hélène Duchêne, Ambassadrice de France au Royaume-Uni, a accueilli le 29 novembre dernier l'événement "How mathematics enriches our lives", organisé par l'IHES en partenariat avec BNP Paribas UK à la Résidence de France à Londres.

Hélène Duchêne, Ambassadrice de France au Royaume-Uni, a accueilli le 29 novembre dernier l’événement « How mathematics enriches our lives », organisé par l’IHES en partenariat avec BNP Paribas UK à la Résidence de France à Londres. Après une introduction d’Emmanuel Ullmo, directeur de l’IHES, Hugo Duminil-Copin, professeur permanent à l’Institut, a donné une conférence sur le thème « From coffee to mathematics ». Destiné à un public aussi bien de simples curieux que de passionnés des mathématiques, l’exposé a enchanté les invités présents.

La conférence a été suivie d’un dîner, au cours duquel l’Ambassadrice de France a notamment rappelé l’importance des collaborations scientifiques et des coopérations internationales pour la recherche. Hugo Duminil-Copin et Thibault Damour, ont expliqué pourquoi les conditions offertes aux scientifiques à l’IHES en font un lieu unique et très propice à la créativité, d’une part par la très grande liberté qui caractérise son modèle de recherche, les professeurs étant déchargés de toute contrainte d’enseignement ou tâche administrative, de l’autre par les nombreuses possibilités d’échanges avec les scientifiques les plus talentueux du monde entier qu’il permet. Anne Marie Verstraeten, qui dirige BNP Paribas au Royaume-Uni, s’est ensuite exprimée sur l’importance des mathématiques en finance, et plus généralement, sur leur place primordiale dans nos sociétés. Enfin, la soirée a été conclue par Marilyn et Jim Simons, co-présidents de Friends of IHES, l’organisation partenaire de l’Institut aux Etats-Unis, qui ont partagé leur vision de l’IHES, qu’ils considèrent comme une véritable pépite dans le paysage mondial de la recherche fondamentale.

Le Lycée français Charles de Gaulle de Londres et le Service pour l’Enseignement Supérieur, la Recherche et l’Innovation (ESRI) de l’Ambassade France, avaient aussi invité Jean-Pierre Bourguignon, ancien directeur de l’IHES et actuel professeur honoraire à l’IHES, titulaire de la Chaire Nicolaas Kuiper, à participer plus tôt dans la journée à la première édition de la « Coding Competition » lancée par ESRI et l’établissement. Ce concours, organisé par Mikael Tupin-Bron (enseignant de mathématiques ainsi que de numérique et sciences informatiques) et Antoine Cadeddu (enseignant de physique chimie et responsable du département des sciences), a vu cinq équipes de lycéens se succéder pour présenter leur projet de création impliquant différents langages informatiques. A l’issue de ces présentations, Jean-Pierre Bourguignon a donné aux lycéens un exposé intitulé « Les flexaèdres ne fument pas » qui a donné lieu à de nombreuses questions.

Des mathématiciens associés à l’IHES reçoivent le prix Bôcher 2023

Frank Merle, Pierre Raphaël, Igor Rodnianski, et Jérémie Szeftel ont reçu le Prix Bôcher 2023 de l'American Mathematical Society.

Les quatre mathématiciens Frank Merle, titulaire de la Chaire d’analyse CY Cergy Paris Université-IHES, Pierre Raphaël, titulaire de la Chaire Schlumberger pour les sciences mathématiques à l’IHES et professeur à l’université de Cambridge, Igor Rodnianski, professeur à l’université de Princeton, et Jérémie Szeftel, directeur de recherche CNRS à Sorbonne Université et visiteur régulier à l’IHES, ont reçu le Prix Bôcher 2023 de l’American Mathematical Society.

Le prix a été annoncé le 5 décembre, et il reconnaît les contributions remarquables que les lauréats ont publiées dans [1,2,3] établissant l’existence de solutions singulières de l’équation de Schrödinger non linéaire dans le cas défocalisant pour certains régimes supercritiques, et des équations d’Euler et de Navier-Stokes compressibles.

La collaboration qui a conduit à ces résultats a impliqué de longues discussions, aussi bien à distance que devant un tableau, dont beaucoup ont eu lieu à l’IHES. Les quatre chercheurs, qui se connaissent et collaborent sur différents projets depuis de nombreuses années, ont commencé à travailler sur ces problèmes en 2012.

« Les régimes supercritiques étaient un terrain inexploré, nous devions donc développer un cadre théorique complètement nouveau », explique Frank Merle, un mathématicien spécialisé dans les équations aux dérivées partielles, associé à l’IHES depuis 2006 et à temps partiel à CY Cergy Paris Université. « Il n’y avait pas de résultats mathématiques rigoureux, et pendant longtemps, nous avons eu l’impression de marcher dans le noir. Cela a impliqué de nombreux essais et des erreurs aussi, notamment parce que l’intuition basée sur les régimes sous-critiques et critiques s’est révélée ne pas être le meilleur guide pour comprendre des systèmes aussi complexes que l’équation de Schrödinger surcritique dans le cas défocalisant et l’équation de Navier-Stokes compressible. »

Il a fallu environ cinq ans pour trouver la clé qui a permis à l’équipe de résoudre le problème. Il s’agissait là de la première partie de leur travail, sans doute la plus importante : « L’essentiel, Szeftel explique, est de trouver la bonne idée pour se servir d’un point faible du problème, et cela suit un processus que l’on ne peut pas toujours contrôler et qui nécessite une compréhension profonde du problème ».

Après de nombreuses discussions, beaucoup de réflexion, et quelques faux pas, les quatre mathématiciens ont découvert en 2017 qu’une classe spécifique de solutions de l’équation d’Euler compressible pouvait être transposée dans l’équation de Navier-Stokes compressible. Il s’agit là de la clé qui a ouvert la voie pour trouver des solutions singulières de l’équation complète et de l’équation de Schrödinger défocalisante. « La force de notre équipe réside dans la diversité de notre culture scientifique », explique Raphaël. « Cela crée un certain chaos, et nous nous perdons souvent, mais explorer des territoires inconnus en bonne compagnie est la meilleure partie de notre travail ».

La deuxième partie du travail, qui a conduit à la publication d’une impressionnante série de trois articles de plus de 450 pages en tout, a été plus systématique, mais pas pour autant plus facile. Elle a consisté à appliquer les compétences et l’expertise mathématiques que les quatre mathématiciens avaient affinées au cours des années précédentes.

Les simulations numériques et l’intuition mathématique avaient conduit les mathématiciens à écarter la possibilité de solutions singulières pour l’équation de Schrödinger non linéaire dans le cas défocalisant, au point que le médaillé Fields Jean Bourgain, ancien professeur permanent à l’IHES, avait formalisé cela dans une conjecture. Les solutions trouvées par le quartet sont au contraire divergentes, ce qui rend les résultats reconnus par le prix Bôcher 2023 d’autant plus révolutionnaires.

Frank Merle, qui a déjà reçu le prix Bôcher en 2005 pour ses travaux sur l’analyse des équations de dispersion non linéaires, est le seul chercheur à l’avoir reçu deux fois. « Je suis très reconnaissant pour cette récompense. Le prix Bôcher que j’ai reçu en 2005 a beaucoup compté pour moi, car c’était la première fois que mon travail de mathématicien était reconnu à haut niveau. Je suis particulièrement heureux de pouvoir partager ce deuxième prix avec Pierre, Igor et Jérémie ».

Le prix Bôcher est décerné tous les trois ans pour un travail de recherche remarquable en analyse publié dans une revue scientifique au cours des six années précédentes. Le prix 2023 sera décerné le mercredi 4 janvier au cours du Joint Mathematics Meetings de l’AMS à Boston.

 

[1] On the implosion of a compressible fluid II: singularity formation. Ann. of Math. (2) 196 (2022), no. 2, 779–889. arXiv:1912.11009

[2] On the implosion of a compressible fluid I: smooth self-similar inviscid profiles. Ann. of Math. (2) 196 (2022), no. 2, 567–778. arXiv:1912.10998

[3] On blow up for the energy super critical defocusing nonlinear Schrödinger equations. Invent. Math. 227 (2022), no. 1, 247–413. arXiv:1912.11005

Observation d’une capture dynamique de deux trous noirs

Un groupe de chercheurs liés à l’IHES a récemment suggéré qu'un événement d'ondes gravitationnelles pourrait avoir été généré par la capture dynamique de deux trous noirs lourds dans un environnement stellaire dense.

Un groupe de chercheurs, dont certains sont liés à l’IHES, a récemment suggéré qu’un événement d’ondes gravitationnelles, différent de ceux observés jusqu’à présent, pourrait avoir été généré par la capture dynamique de deux trous noirs lourds dans un environnement stellaire dense.

L’équipe comprend Alessandro Nagar, ancien titulaire de la Chaire de Cosmologie et d’Astrophysique, ainsi que Sebastiano Bernuzzi, Piero Rettegno, Rossella Gamba, Simone Albanesi et Gregorio Carullo, qui ont été chercheurs invités à l’IHES. Le signal d’ondes gravitationnelles sur lequel ils ont travaillé est GW190521, qui a été détecté par les observatoires LIGO et Virgo en 2019.

Leur idée est née d’une analyse de données très sophistiquée réalisée sous la direction de Sebastiano Bernuzzi (FSU Jena) et d’Alessandro Nagar (INFN Torino). Leurs groupes respectifs ont utilisé un modèle de rélativité générale pour décrire la fusion de trous noirs hautement excentriques et ont effectué une analyse approfondie des données d’observation.

Aucun modèle de capture dynamique n’avait jamais été utilisé auparavant dans l’analyse des données relatives aux ondes gravitationnelles. L’analyse a nécessité d’une extrême prudence et une puissance de calcul considérable.

Les résultats ont été publiés le 17 novembre dans la revue « Nature Astronomy » [1].

Alessandro Nagar a été titulaire de la chaire de cosmologie et d’astrophysique de l’IHES et a travaillé à l’Institut entre 2007 et 2016. Depuis, il a régulièrement été chercheurs invité à l’Institut.

Simone Albanesi, Sebastiano Bernuzzi, Gregorio Carullo, Rossella Gamba , Alessandro Nagar, et Piero Rettegno ont été chercheurs invités à l’IHES en 2022 et ont collaboré avec Thibault Damour, professeur permanent à l’Institut, qui a participé à certaines des discussions qui ont conduit à ces résultats. Certaines de ces visites ont été financées grâce au soutien de la Fondation du Prix Balzan, contribuant ainsi à former une nouvelle génération de physiciens en astronomie des ondes gravitationnelles, dans le plein esprit du Prix Balzan.

L’IHES félicite chaleureusement le groupe pour ces résultats importants !

 

Spacetime curvature around merger moment
Image de la déformation de l’espace-temps au moment de la coaléscence des deux trous noirs, obtenue avec des simulations numériques.

 

Strange black hole merger may have been a rare random encounter, un article qui explique ces résultats plus en détails, publié sur ArsTechnica.

[1] Gamba, R., Breschi, M., Carullo, G. et al. GW190521 as a dynamical capture of two nonspinning black holes. Nat Astron (2022). https://doi.org/10.1038/s41550-022-01813-w

À l’ombre de Grothendieck et de Lacan

Le mathématicien Alain Connes et le psychanalyste Patrick Gauthier-Lafaye viennent de co-écrire le livre « À l'ombre de Grothendieck et de Lacan », paru en mai dernier aux éditions Odile Jacob.

Le mathématicien Alain Connes et le psychanalyste Patrick Gauthier-Lafaye ont co-écrit le livre « À l’ombre de Grothendieck et de Lacan », paru en mai dernier aux éditions Odile Jacob.

Né de la rencontre entre les deux auteurs lors d’un colloque à Cérisy-la-Salle, cette œuvre imagine une rencontre possible entre deux des esprits les plus emblématiques du XXe siècle, ayant révolutionné leurs champs respectifs : Alexandre Grothendieck et Jacques Lacan. Plus précisément, les deux auteurs présentent un point de contact entre la théorie des topos développée par Grothendieck et le concept d’inconscient tel qu’il est décrit par Lacan.

Alain Connes, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, titulaire de la Chaire Léon Motchane à l’IHES et médaillé Fields en 1982, explique que tout a commencé lorsque Patrick Gauthier-Lafaye, psychiatre et psychanalyste, lui a montré un diagramme présenté par Lacan dans l’un de ses célèbres séminaires.

C’est en dépassant une méfiance initiale envers ceux qui paraissent au début comme des signes incompréhensibles et en allant au bout de son intuition, que le mathématicien a réussi à apercevoir une solution possible dans la logique intuitionniste et la théorie des topos.

Les deux auteurs participeront, avec Marc Darmon et Bernard Vandermersch à une table ronde animée par Henri Cesbron Lavau autour de l’ouvrage le samedi 19 novembre 2022 à l’ALI, 25 rue de Lille à Paris.

Pour en savoir plus : https://mathinees-lacaniennes.net/fr/

Nikita Nekrasov reçoit le prix Dannie Heineman 2023 en physique mathématique

Nikita Nekrasov, physicien théoricien, associé depuis de nombreuses années à l'IHES, a reçu le prix Dannie Heineman 2023 pour la physique mathématique.

Nikita Nekrasov, physicien théoricien, associé depuis de nombreuses années à l’IHES, a reçu le prix Dannie Heineman 2023 pour la physique mathématique.

Ce prix reconnaît son « application élégante de puissantes techniques mathématiques pour extraire des résultats exacts relatifs aux théories quantiques des champs, ainsi que pour éclairer les systèmes intégrables et la géométrie non-commutative. »

Professeur au Simons Center for Geometry and Physics de Stony Brook, Nikita Nekrasov a été professeur permanent à l’IHES de 2000 à 2013, et professeur invité presque chaque année depuis. Il fait également partie du « Board » de Friends of IHES, l’organisation partenaire de l’IHES basée aux États-Unis.

Certaines des contributions importantes qui lui ont valu ce prix prestigieux sont présentées dans l’article « Seiberg-Witten Prepotential from Instanton Counting », publié quand il était professeur permanent à l’IHES. Il s’agit là de l’article signé par un seul auteur le plus cité parmi ceux écrits par des scientifiques affiliés à l’IHES et cette année marque son 20e anniversaire.

Le prix Dannie Heineman est décerné chaque année par l’American Institute of Physics et l’American Physical Society à des chercheurs ou chercheuses ayant apporté une contribution significative au domaine de la physique mathématique.

L’IHES félicite chaleureusement le professeur Nekrasov pour cette récompense !

Pour en apprendre plus sur Nikita Nekrasov et ses travaux, regardez cet entretien réalisé en 2018 (en anglais).

Succès de la campagne « IHES, à l’avant-garde de la science »

Lancée officiellement en novembre 2018 à l'occasion de la célébration du soixantième anniversaire de l'IHES, la troisième campagne de levée de fonds de l'Institut affichait un objectif très ambitieux de 50 millions d'euros.

Lancée officiellement en novembre 2018 à l’occasion de la célébration du soixantième anniversaire de l’IHES, la troisième campagne de levée de fonds de l’Institut affichait un objectif très ambitieux de 50 millions d’euros. Grâce à la générosité et l’engagement de tous les donateurs et donatrices, ainsi qu’à l’implication des membres du comité de campagne, présidé par Jean-Laurent Bonnafé et Philippe Camus, mais aussi du personnel scientifique et administratif de l’Institut, ce résultat a non seulement été atteint mais dépassé. Ce sont ainsi un peu plus de 55 millions d’euros qui ont été collectés.

L’Institut a pu compter sur l’appui de soutiens fidèles, aussi bien privés que publics, mais aussi sur les contributions de nouveaux donateurs et donatrices. Alors que cette campagne a dès à présent permis de superbes avancées, telles qu’un nouveau bâtiment sur le campus ou le recrutement de nouveaux scientifiques, certains des financements obtenus permettront de soutenir des projets de plus long terme. L’IHES remercie donc chaleureusement toutes celles et ceux qui se sont mobilisés dans le cadre de cette campagne et ont contribué à ce remarquable résultat.

Pour célébrer ce succès et marquer la clôture officielle de cette campagne, une soirée a été organisée le 24 octobre dernier, avec le soutien de la Caisse des Dépôts, grand mécène de l’IHES. Isabelle Laudier, Responsable de l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts et représentante de la Caisse des Dépôts au Conseil d’administration de l’IHES, a été la maîtresse de cérémonie. Après l’introduction de Sophie Quatrehomme, Directrice de la communication du groupe Caisse des Dépôts, et les interventions de Jean-Laurent Bonnafé, Administrateur Directeur Général de BNP Paribas, Marwan Lahoud, Président du Conseil d’administration de l’Institut, le public a pu profiter de l’exposé scientifique de Laure Saint-Raymond, Professeure Permanente à l’IHES. Eric Lombard, Directeur Général de la Caisse des Dépôts, a conclu la soirée.

Revivez ces interventions et les moments forts de cette soirée en vidéo.

Isabelle Laudier
Isabelle Laudier
Jean-Laurent Bonnafé
Jean-Laurent Bonnafé
Laure Saint-Raymond
Laure Saint-Raymond
Eric Lombard
Eric Lombard

Conférence de Cécile Michel organisée par les Amis de l’IHES

Une conférence grand public par Cécile Michel organisée par les Amis de l’IHES aura lieu le vendredi 18 novembre 2022 à 17h00 dans le Centre de conférences Marilyn et James Simons et sur Zoom.

Nouvelle conférence grand public organisée par Les Amis de l’IHES le vendredi 18 novembre 2022, 17H00 (heure française) à l’IHES

Cécile MICHEL a donnera une conférence grand public (en français) en présentiel et sur Zoom, intitulée :

« Femmes d’affaires, tisseuses et épouses :
la vie des Assyriennes il y a 4000 ans »

Il y a environ 4 000 ans, des marchands assyriens ont établi un comptoir commercial dans l’ancienne ville de Kaneš en Anatolie centrale. On connaît leur histoire grâce à des tablettes d’argile sur lesquelles ils écrivaient. La voix de Tarām-Kūbi, une femme assyrienne qui correspondait avec son frère et son époux installés à Kaneš, nous fait remonter le temps.

Cécile MICHEL, Directrice de Recherche au CNRS et Professeure à l’Université de Hambourg présentera le film « Ainsi parle Tarām-Kūbi. Correspondances assyriennes » qu’elle lui a consacré. Cette présentation sera suivie d’un moment musical et d’une discussion informelle autour d’un verre de l’amitié (si les conditions sanitaires le permettent).
La conférence sera suivie d’un moment musical.

Inscription pour participer en ligne
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Contact : Ingrid Peeters

Thierry Bodineau est lauréat du Prix Sophie Germain – Fondation de l’Institut de France

L’Académie des sciences a attribué le prix Sophie Germain 2022 à Thierry Bodineau le 18 octobre, lors d’une cérémonie qui s’est tenue sous la coupole de l’Institut de France.

L’Académie des sciences a attribué le prix Sophie Germain 2022 à Thierry Bodineau le 18 octobre, lors d’une cérémonie qui s’est tenue sous la coupole de l’Institut de France. Cette séance s’est clôturée par l’intervention de l’astrophysicienne et académicienne Anne-Marie Lagrange sur le thème « Explorations des exoplanètes ».

Directeur de recherche CNRS à l’IHES depuis septembre dernier, Thierry Bodineau est probabiliste et ses travaux portent sur des problèmes mathématiques issus de la mécanique statistique.

Le prix Sophie Germain de l’Institut de France est décerné tous les ans sur proposition de l’Académie des sciences depuis 2003, et couronne une chercheuse ou un chercheur ayant effectué un travail de recherche fondamentale en mathématiques. À travers ce prix, l’Académie des sciences contribue directement à sa mission d’encouragement de la vie scientifique.

Cette distinction souligne l’importance des contributions de Thierry Bodineau, dont les sujets de recherche touchent à différents problèmes à l’interface avec la physique. Il s’est intéressé à la coexistence de phases dans le modèle d’Ising et à ses conséquences sur la relaxation dynamique. Il a aussi étudié, en collaboration avec Bernard Derrida, des processus stochastiques pour caractériser les propriétés du flux dans des systèmes hors équilibre. Plus récemment, il a travaillé, avec Isabelle Gallagher, Laure Saint-Raymond et Sergio Simonella, pour analyser le comportement stochastique de dynamiques de sphères dures dans la limite cinétique.

L’IHES est ravi de cette reconnaissance attribuée à Thierry Bodineau et le félicite chaleureusement.

Succès du lancement du programme de financement des chercheurs basés en Afrique

L'IHES a lancé début 2022 un programme dédié aux chercheuses et chercheurs invités venant du continent africain.

Dans le cadre d’un généreux financement de la Fondation Simons, l’IHES a lancé début 2022 un programme dédié aux chercheuses et chercheurs invités venant du continent africain, qui sera reconduit pour au moins dix ans. Grâce à ce financement, dans le cadre de son programme de visites, en plus des coûts déjà pris en charge, l’IHES rembourse désormais les frais de voyage des scientifiques travaillant en Afrique.

L’objectif est de donner au plus grand nombre de chercheuses et chercheurs la possibilité de passer un séjour de recherche à l’IHES – et tout particulièrement à celles et ceux qui travaillent dans un pays africain, actuellement sous-représentés à l’Institut.

Le programme a été lancé au printemps dernier et l’IHES a reçu plus de cent candidatures de scientifiques affiliés à une institution africaine avant la réunion du Conseil scientifique du mois de juin. Ce nombre doit être comparé aux sept candidatures reçues à la même période de l’année en 2019, avant la pandémie.

Cette augmentation importante du nombre de candidatures de chercheurs basés en Afrique est déjà le signe que le remboursement des coûts de voyage permet de rendre le programme de visites plus accessible aux scientifiques issus d’institutions africaines.

Compte tenu de la capacité de l’Institut et des ressources disponibles, le Conseil scientifique n’a pu accepter que six de ces candidats en 2022, mais à partir de novembre l’IHES acceptera de nouvelles candidatures pour la sélection de décembre, et les chercheurs intéressés pourront participer à un nouveau processus de sélection.

Le financement dédié à cette initiative est prévu pour dix ans, ce qui permettra de développer une relation de long terme entre l’IHES et les différentes communautés de mathématiciens et mathématiciennes, de physiciens et physiciennes du continent africain, renforçant ainsi les perspectives de collaboration et l’impact de ce programme sur la durée.

Portes ouvertes à l’IHES

A l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, l'IHES a ouvert ses portes le samedi 17 septembre 2022.

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, l’IHES a ouvert ses portes le samedi 17 septembre 2022 de 13h30 à 17h30.

Près de 200 visiteurs ont découvert les infrastructures du domaine de Bois-Marie, ainsi que le fonctionnement et l’organisation de l’Institut. Ils ont aussi pu en apprendre plus sur les scientifiques du monde entier qui ont jalonné l’histoire de l’IHES depuis plus de 60 ans.

Parmi les activités proposées, les visiteurs ont pu apprécier une exposition d’œuvres mathématiques et échanger autour de ces œuvres avec Claude Bruter, un mathématicien spécialiste de ce sujet ; réfléchir et jouer avec la sculpture Skolem, choc de blocs et chiffres aux vents présentée par Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l’IHES de 1994 à 2013 et président des Amis de l’IHES ; avoir un échange privilégié Emmanuel Ullmo, directeur de l’IHES, et Cédric Villani, titulaire de la chaire IHES-Université de Lyon d’analyse ; visionner les témoignages de Hugo Duminil-Copin, lauréat 2022 de la médaille Fields, sur son parcours et ses recherches, ainsi que ceux de chercheuses sur leurs liens avec l’Institut.

Cette belle journée a été également l’occasion de marquer le soixantième anniversaire de l’installation de l’Institut à Bures-sur-Yvette, dans le domaine de Bois-Marie.

Publication des derniers résultats de la mission MICROSCOPE

Les derniers résultats de la mission MICROSCOPE confirment le principe d’équivalence avec une précision inégalée.

Les derniers résultats de la mission MICROSCOPE (MICROSatellite à trainée Compensée pour l’Observation du Principe d’Équivalence) ont été rendus publics le 14 septembre 2022 et confirment le principe d’équivalence avec une précision inégalée de 10-15. Ce résultat confirme une fois de plus la théorie de la Relativité Générale proposée par Albert Einstein.

Lancée en 2016, un siècle après la publication de la théorie d’Einstein, la mission MICROSCOPE a pour objectif de tester le principe d’équivalence entre inertie et gravitation, un pilier fondamental de la Relativité Générale, postulant que tous les corps tombent de la même façon dans le vide.

La violation du principe d’équivalence est prévue par certaines théories d’unification entre gravitation et physique quantique. En particulier, une violation faible mais non nulle du principe d’équivalence par le dilaton en théorie des cordes a été prévue par des travaux récents qui ont étudié le mécanisme d’attracteur cosmologique [1,2] – d’où l’importance tester le principe d’équivalence avec une grande précision.

La mission a été conçue par l’Office National d’Études et de Recherches Aérospatiales (ONERA), en collaboration avec l’Observatoire de la Cote d’Azur (OCA), le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) et le ZARM (Brème, Allemagne). Thibault Damour, professeur permanent à l’IHES et parmi les plus grands experts de gravitation dans le monde, est membre du comité scientifique de la mission et en a été parmi les initiateurs.

MICROSCOPE utilise des technologies très avancées pour comparer l’accélération de chute libre de deux corps de compositions différentes, l’un en platine, l’autre en titane. Le tout se passe à bord d’un satellite qui a orbité autour de la Terre d’avril 2016 jusqu’à octobre 2018, réalisant 1642 révolutions et parcourant ainsi 73 millions de km, équivalent à la moitié de la distance Terre-Soleil.

Des résultats préliminaires ont été publiés en 2017 – il s’agissait là déjà d’une confirmation du principe d’équivalence avec une précision inégalée, qui a permis aux co-investigateurs et chefs de projet de la mission de gagner le Grand Prix Servant 2019 de l’Académie des sciences.

L’analyse des données recueillies pendant deux ans et demi par les équipes scientifiques de l’ONERA et de l’OCA, avec la contribution du CNES et la collaboration de laboratoires européens, a été publiée le 14 septembre 2022 dans deux prestigieuses revues : Physical Review Letters et Classical and Quantum Gravity. Ces derniers résultats repoussent encore plus loin les limites de la précision du test du principe d’équivalence.

Par ses résultats, MICROSCOPE apporte d’importantes contraintes aux nouvelles théories de la gravitation à un niveau de précision que les chercheurs prévoient rester longtemps inégalé.

 

Le communiqué de presse de l’ONERA et du CNES
Thibault Damour explique les motivations et le contexte théorique de la mission (décembre 2019)
L’intégralité de la conférence en l’honneur de la mission MICROSCOPE qui a eu lieu à l’IHES en décembre 2019.

[1] T. Damour, A. M. Polyakov, The String dilaton and a least coupling principle, Nucl. Phys. B 423, 532-558 (1994) doi:10.1016/0550-3213(94)90143-0, [arXiv:hep-th/9401069]
[2] T. Damour, F. Piazza, G. Veneziano, Runaway dilaton and equivalence principle violations, Phys. Rev. Lett. 89, 081601 (2002) doi:10.1103/PhysRevLett.89.081601 [arXiv:gr-qc/0204094]

Cédric Villani rejoint l’IHES

Cédric Villani, mathématicien spécialiste en analyse, lauréat de la médaille Fields en 2010 et ancien député, rejoint l’IHES à partir du 1er septembre 2022.

Communiqué de presse – 1er septembre 2022

Cédric Villani, mathématicien spécialiste en analyse, lauréat de la médaille Fields en 2010 et ancien député, rejoint l’IHES à partir du 1er septembre 2022. Egalement rattaché à l’Université Claude Bernard Lyon 1, il sera titulaire de la Chaire IHES-Université de Lyon en analyse et partagera son temps entre les deux institutions.

Né en 1973, Cédric Villani intègre les classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand à Paris et entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1992. Après avoir été reçu à l’agrégation de mathématiques et avoir obtenu un DEA en analyse numérique de Sorbonne Université, il est « agrégé-préparateur » de 1996 à 2000. Il obtient sa thèse en 1998, à l’université Paris-Dauphine, sous la direction du mathématicien Pierre-Louis Lions (médaille Fields 1994), étudiant les équations de Boltzmann et de Landau en théorie cinétique des gaz et des plasmas. En 2000, il devient professeur à l’École normale supérieure de Lyon, puis à l’Université Claude Bernard Lyon 1, où il reste jusqu’en 2010. Il dirige l’Institut Henri Poincaré de 2009 à 2017.

D’importantes reconnaissances soulignent l’importance de ses travaux. En 2009 il reçoit la prix Henri Poincaré, et en 2010, il obtient le prix Fermat et la prestigieuse médaille Fields, la plus haute reconnaissance en mathématiques. Depuis, il est fortement engagé dans la vulgarisation des sciences à travers notamment la publication de plusieurs ouvrages, tels que l’essai autobiographique « Théorème vivant ».

Lors des élections législatives de 2017, il est élu député de la 5e circonscription de l’Essonne. Dans le cadre de son mandat, il siège au sein de la commission des Affaires économiques et préside l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Il participe aussi à la rédaction d’un rapport sur l’enseignement des mathématiques à l’école primaire et secondaire.

Ses recherches portent sur l’étude des équations aux dérivés partielles et leurs applications à la physique, notamment à la physique statistique et à la théorie du transport optimal.

En tant que mathématicien, Cédric Villani a longtemps été impliqué dans la vie scientifique de l’Institut, où il se rendait régulièrement et où il a donné des exposés et des cours. En tant que directeur de l’Institut Henri Poincaré, il a aussi favorisé d’importantes collaborations entre les deux instituts, telles que les initiatives portées par le LabEx CARMIN (Centre d’Accueil et de Rencontres Mathématiques Internationales – qui regroupe aussi le CIMPA et le CIRM).

« L’IHES est pour moi, comme pour tout mathématicien, une référence incontournable, où nous savons pouvoir rencontrer des figures phares. Mes échanges avec Mikhail Gromov, par exemple, ont été essentiels pour mes travaux sur la courbure de Ricci »,  indique Cédric Villani. « Je me réjouis de rejoindre cet Institut qui m’est cher. »

Emmanuel Ullmo, directeur de l’IHES, a commenté : « Je suis ravi que Cédric ait accepté la proposition du Conseil Scientifique de rejoindre l’IHES – ses grandes qualités de mathématicien permettront à l’Institut de continuer d’attirer des chercheuses et chercheurs de tout premier plan. Sa présence sera un atout important pour le développement scientifique de l’Institut. »