Publication du rapport annuel 2023

Découvrez le rapport annuel 2023 dans son format numérique et retrouvez un message de la part de Marwan Lahoud, président de l’IHES.

Découvrez le rapport annuel 2023 dans son format numérique et retrouvez ci-dessous un message de la part de Marwan Lahoud, président de l’IHES.

«C’est parce qu’il était convaincu du rôle clé de la recherche scientifique fondamentale dans le fonctionnement de la société moderne, et plus particulièrement dans la reconstruction française et européenne, que Léon Motchane a fondé l’Institut des Hautes Études Scientifiques en 1958 à Paris. S’inspirant de l’Institute for Advanced Study (IAS) de Princeton, Léon Motchane a bénéficié du soutien et des conseils de ses scientifiques et notamment de son directeur, Robert Oppenheimer, qui a siégé au Conseil scientifique de l’IHES jusqu’à son décès en 1967. Dès son origine, l’IHES a été ainsi placé sous le signe de la coopération scientifique internationale, et porté par un idéal de recherche sans frontières.

Conscient de son histoire et de la responsabilité qui en découle, l’IHES a accueilli en janvier 2023 la première réunion de soutien à la création du nouveau Centre International de Mathématiques de l’Ukraine (ICMU). Fondé en novembre 2022 par un groupe de mathématiciens et mathématiciennes d’origine ukrainienne, autour de Masha Vlasenko et Maryna Viazovska, lauréate de la médaille Fields en 2022 et ancienne post-doctorante de l’IHES, l’ICMU entend préserver l’activité de recherche en mathématiques en Ukraine et favoriser l’émergence de talents scientifiques.

Tout comme l’IHES, l’ICMU a également inscrit dans ses statuts les valeurs d’excellence scientifique et de liberté académique. Ainsi, de la même manière que l’IHES a bénéficié du soutien de l’IAS lors de sa création, il a été fier d’accompagner le lancement de ce nouvel Institut. Outre le soutien institutionnel fourni, plusieurs scientifiques de l’IHES sont personnellement engagés dans ce projet, notamment Ahmed Abbes ou encore Jean-Pierre Bourguignon, ancien directeur et professeur honoraire à l’IHES, qui a été élu premier membre du conseil d’administration de l’ICMU.

De tels liens initiaux présagent d’une relation durable entre l’IHES et l’ICMU, ainsi que d’échanges scientifiques nourris. Ils marquent l’histoire d’un institut, comme le prouve l’expérience de l’IHES avec les États-Unis. Aujourd’hui encore, une majorité de visiteurs et visiteuses de l’IHES sont en provenance d’institutions américaines, et l’Institut peut compter sur le soutien fidèle de ses partenaires et donateurs outre-Atlantique.

Le succès inégalé du gala de Friends of IHES à New York en novembre 2023 en est un superbe exemple : plus de 1,2 million de dollars ont été récoltés lors de cette soirée exceptionnelle, portant sur le thème du jazz et de la physique. Je souhaite profiter de cette occasion pour remercier chaleureusement tous les mécènes de l’IHES, ainsi que l’ensemble de notre communauté – scientifiques, personnels, administrateurs et amis de l’Institut – qui contribue à la pérennité de son modèle de recherche désintéressée, source d’inspiration pour celles et ceux qui partagent ses valeurs.»

Crédit photo : Chris Peus / IHES

Cinquième anniversaire de la chaire Gretchen et Barry Mazur

L’année 2024 marque le cinquième anniversaire de la chaire Gretchen et Barry Mazur, dont la création a été rendue possible grâce aux dons de Margaret et William R. Hearst III à Friends of IHES, l’organisation partenaire de l’Institut aux États-Unis.

L’année 2024 marque le cinquième anniversaire de la chaire Gretchen et Barry Mazur, dont la création a été rendue possible grâce aux dons de Margaret et William R. Hearst III à Friends of IHES, l’organisation partenaire de l’Institut aux États-Unis. William R. Hearst III, diplômé en mathématiques de l’université d’Harvard, a choisi de nommer la chaire en l’honneur de son ami et ancien professeur.

Barry Mazur (c) IHES

La première visite de Gretchen et Barry à l’IHES date de 1962, année du déménagement de l’Institut de Paris à Bures-sur-Yvette. « Quand je suis venu pour la première fois à l’Institut, je ne connaissais presque rien aux mathématiques. J’ai tellement appris à l’IHES ! Je dois beaucoup à cet institut hors-norme » se souvient Barry. « Gretchen et moi sommes vraiment honorés d’être associés à l’une des chaires de professeurs invités de l’Institut ». Travaillant d’abord en topologie différentielle, Barry s’est tourné vers la géométrie algébrique au contact d’Alexander Grothendieck, professeur permanent en mathématiques à l’IHES de 1958 à 1970, dont la théorie des schémas a révolutionné le domaine. Dans son article « Modular Curves and the Eisenstein Ideal », publié dans « Les Publications mathématiques de l’IHES » en 1977, Barry a utilisé les idées et méthodes grothendieckiennes pour résoudre des problèmes issus de la théorie des nombres.

« Le travail de Barry marque le début de ce qu’on appelle aujourd’hui la géométrie arithmétique. Sans son article, la démonstration du théorème de Fermat par Andrew Wiles aurait été impossible », témoigne Emmanuel Ullmo, mathématicien et directeur de l’IHES. Outre ses travaux sur la classification des points rationnels et l’arithmétique de l’idéal d’Eisenstein, Barry a également apporté des contributions majeures à la théorie des déformations des représentations de Galois, à la théorie d’Iwasawa et à la stabilité diophantienne. Pour ses contributions aux mathématiques, Barry a notamment été récompensé par le prix Cole, la Médaille nationale des sciences et la Médaille Chern.

Alexander Goncharov, premier titulaire de la chaire Gretchen et Barry Mazur de 2019 à 2022, se rappelle : « J’ai rencontré Barry pour la première fois dans les années 1990 à Harvard, et sa culture, non seulement en mathématiques mais aussi en philosophie et en poésie, a beaucoup inspiré mon travail depuis ». Pendant ses séjours à l’IHES, Alexander Goncharov a particulièrement apprécié les nombreuses discussions mathématiques avec ses collègues, et plus particulièrement avec Maxim Kontsevich, qu’il a rencontré pour la première fois en tant qu’étudiant au séminaire d’Israel Gelfand à l’Université d’État de Moscou. Ensemble, ils ont notamment travaillé sur une généralisation non commutative des variétés amassées, qui sont des objets apparaissant en géométrie, théorie des représentations et en physique mathématique.

Pour en savoir plus sur Alexander Goncharov, retrouvez notre entretien ci-dessous.

L’IHES est aujourd’hui fier d’annoncer l’arrivée de Curtis T. McMullen comme nouveau titulaire de la chaire Gretchen et Barry Mazur en septembre et en octobre 2024. Tout comme Gretchen et Barry, Curtis a une longue histoire avec l’IHES. Il est venu pour la première fois à l’Institut en 1984 pour travailler avec Dennis Sullivan, professeur permanent en mathématiques à l’IHES de 1974 à 1998. Durant cette visite, il a également fait connaissance avec Steve Smale, qui lui a suggéré le problème de la résolution par itération des équations polynomiales en vue de sa thèse. Pour ce travail, ainsi que ses recherches sur les surfaces de Riemann, la dynamique complexe et les 3-variétés hyperboliques, Curtis a été récompensé par la médaille Fields en 1998. Ses travaux plus récents incluent la géométrie des nombres et la dynamique des billards dans les polygones. Curtis a régulièrement visité l’IHES dans les années 1980 et 1990. Il est ravi de pouvoir retrouver la communauté scientifique de l’IHES et ses collègues en région parisienne.

Curtis McMullen (c) Marianna Cook

« Alexander Goncharov et Curtis T. McMullen ont mis la barre haut pour les futurs titulaires de la chaire Gretchen et Barry Mazur, et nous sommes ravis de voir que, dès ses cinq premières années d’existence, la chaire a pu attirer de tels talents mathématiques. L’IHES est très reconnaissant à Margaret et William R. Hearst III pour leur soutien et la création de cette chaire », conclut Emmanuel Ullmo.

Petit-déjeuner scientifique avec Yilin Wang à Londres

Suite au petit-déjeuner scientifique organisé en juillet 2023 avec Thibault Damour, physicien théoricien et professeur émérite à l’Institut, qui avait proposé un exposé intitulé « Proust and Einstein: In Search of Time », l’IHES s’est à nouveau rendu dans la capitale britannique en juin 2024.

L’Institut a réuni sa communauté londonienne le 19 juin autour d’un petit-déjeuner scientifique avec Yilin Wang, professeure junior en mathématiques à l’IHES depuis 2022. Yilin Wang, présentée par Rama Cont, professeur de mathématiques et Chair of Mathematical Finance à l’Université d’Oxford, visiteur régulier à l’IHES, a proposé un exposé intitulé « Fractals in Nature and Mathematics ». Plus de cinquante amis de l’Institut se sont réunis afin de découvrir les fractales qui nous entourent, ainsi que leur place dans la recherche mathématique.

Cet événement a été organisé avec le soutien du Service d’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation de l’Ambassade de France au Royaume-Uni pour la deuxième année consécutive, renforçant ainsi le lien de collaboration entre l’Institut et l’Ambassade de France au Royaume-Uni.

Arrivée de Julio Parra-Martinez, nouveau professeur permanent en physique

Julio Parra-Martinez a rejoint l’IHES en tant que professeur permanent en physique le 7 mai 2024. Les intérêts de recherche de Julio portent principalement sur la théorie quantique des champs et la théorie effective.

Julio Parra-Martinez a rejoint l’IHES en tant que professeur permanent en physique le 7 mai 2024.

Après de brillantes études de premier cycle en physique à l’Université de Valence et à l’Imperial College de Londres, Julio Parra-Martinez est diplômé du Part III of the Mathematical Tripos de l’Université de Cambridge en 2015. Il part alors aux États-Unis et obtient son doctorat sous la direction de Zvi Bern en 2020 à UCLA. Après trois ans de post-doctorat en tant que Sherman Fairchild Fellow au Walter Burke Institute for Theoretical Physics à Caltech, Julio Parra-Martinez est nommé Assistant Professor in Physics à The University of British Columbia en 2023.

Les intérêts de recherche de Julio Parra-Martinez portent principalement sur la théorie quantique des champs et la théorie effective. Dans son travail, il a notamment utilisé les amplitudes de diffusion pour analyser le comportement des trous noirs – des objets qui, a priori, ne relèvent pas du monde quantique. Sous certaines conditions, la séparation des échelles permet cependant de voir les trous noirs comme des particules élémentaires, permettant l’application de méthodes issues de la physique quantique. Julio Parra-Martinez a ainsi contribué à une compréhension plus fine du problème à deux corps en relativité générale, un centre d’intérêt qu’il partage avec Thibault Damour, professeur émérite de physique à l’IHES et pionnier du calcul d’orbites des systèmes binaires de trous noirs et de leur rayonnement.

Thibault Damour explique : « En 2018, j’ai exhorté les spécialistes en amplitudes de diffusion quantiques à appliquer leurs techniques à l’interaction gravitationnelle et au rayonnement des trous noirs binaires. À ma grande satisfaction, cela a conduit à de nombreux nouveaux résultats, et Julio a été l’un des principaux contributeurs à ce nouveau domaine de recherche. Je suis ravi qu’il ait rejoint l’IHES ».

Pour Julio Parra-Martinez, la principale source d’inspiration dans le travail est l’interaction avec ses collègues. Dans sa recherche, le partage des connaissances et les rencontres jouent un rôle essentiel. Il considère donc l’IHES, avec son important programme de visiteurs accueillant plus de 200 scientifiques par an, comme l’endroit idéal pour mener ses travaux. « Si je suis à l’Institut, c’est avant tout pour échanger avec mes collègues. Ma porte est toujours ouverte, et j’aime particulièrement les moments de convivialité à l’IHES, comme le déjeuner ou l’heure du thé. Il ne se passe pas un jour sans que mes collègues ne m’apprennent de nouvelles choses. »

À l’Institut, Julio Parra-Martinez trouve un équilibre parfait entre la stimulation qu’il ressent lors de l’échange de nouvelles idées et le calme nécessaire pour prendre du recul et réfléchir plus en profondeur. « À l’IHES, j’ai l’impression de pouvoir éternellement travailler comme un post-doc. Je n’ai aucune tâche administrative et je profite d’une liberté totale dans ma recherche. » À l’avenir, il espère attirer de nombreux doctorants et post-doctorants à l’Institut et contribuer ainsi au rayonnement de la physique à I’IHES.

Emmanuel Ullmo, directeur de l’IHES, déclare : « Nous sommes ravis d’accueillir Julio à l’IHES. À 31 ans, il représente l’avenir de la physique à l’Institut. Nous sommes impatients de connaître ses contributions à la compréhension des lois fondamentales de l’univers. »

Visite annuelle d’élèves de l’Académie de Versailles

Le samedi 25 mai, l’IHES a accueilli plus de 80 lycéens et lycéennes de l’Académie de Versailles, dont plus de 50 filles, pour une visite de l’Institut et deux exposés scientifiques de Clément Delcamp, professeur junior en physique, et Xenia Flamm, post-doctorante en mathématiques.

Le samedi 25 mai, l’IHES a accueilli plus de 80 lycéens et lycéennes de l’Académie de Versailles, dont plus de 50 filles, pour une visite de l’Institut et deux exposés scientifiques de Clément Delcamp, professeur junior en physique, et Xenia Flamm, post-doctorante en mathématiques.

Organisée par les inspecteurs et inspectrices académiques Xavier Gabilly, Pierre Michalak, Evelyne Roudneff et Christine Weill, cette visite annuelle est une occasion privilégiée pour des jeunes passionnés de science de découvrir le monde et les métiers de la recherche fondamentale.

Comme chaque année, la matinée a commencé par une visite de l’Institut avec des passages dans le salon de l’IHES, les bâtiments scientifiques, la bibliothèque et le Centre de conférences Marilyn et James Simons. La visite de ces bâtiments emblématiques a permis aux élèves d’en apprendre plus sur l’histoire et le fonctionnement de l’IHES. En insistant sur l’importance du programme visiteurs et la fameuse heure quotidienne d’échange autour du thé en fin d’après-midi, la visite a montré aux lycéens et lycéennes à quel point la recherche en mathématiques et en physique est aujourd’hui une entreprise collective, basée sur l’échange et la coopération entre les scientifiques.

Visite de l'IHES pour les élèves de l'académie de Versailles par le personnel de l'Institut

La présence de sangliers dans le parc a empêché la visite de la sculpture Skolem illustrant les suites considérées par le mathématicien norvégien éponyme, mais les élèves ont tout de même pu admirer un modèle de flexaèdre à la bibliothèque de l’Institut. Ce modèle mathématique est une solution constructive à la question de l’existence d’un polyèdre pouvant être déformé en gardant chacune de ses faces rigides. L’existence d’un tel objet a été démontrée par Robert Connelly à l’IHES à la fin des années 1970. Le flexaèdre de l’Institut, conçu par Pierre Deligne et Nicolaas Kuiper, compte 11 sommets. Aujourd’hui, une question reste ouverte : est-il possible de construire un flexaèdre à moins de 9 sommets ?

Exposé de Clément Delcamp

Après la visite de l’Institut, les élèves ont été accueillis par Emmanuel Ullmo, le directeur de l’IHES, pour deux exposés scientifiques de 30 minutes au Centre de conférences Marilyn et James Simons. Clément Delcamp a montré comment la théorie des nœuds est utilisée en physique théorique pour concevoir des modèles « topologiques » d’ordinateurs quantiques, plus stables et résistants aux erreurs que d’autres modèles d’ordinateurs quantiques. Xenia Flamm a quant à elle parlé de la notion d’infini en mathématiques. Dans son exposé, elle a tout d’abord expliqué comment on peut compter le nombre d’éléments d’un ensemble infini avant de montrer qu’il existe des ensembles infinis de différentes « tailles », comme par exemple l’ensemble $\mathbb{Q}$ des nombres rationnels et l’ensemble $\mathbb{R}$ des nombres réels. Elle a conclu son exposé en évoquant les théorèmes d’incomplétude de Gödel et l’hypothèse du continu. La vivacité des sessions de questions-réponses après chaque exposé témoignait de la qualité des présentations et de l’intérêt qu’elles ont suscité chez les jeunes visiteurs de l’Institut.

Exposé de Xenia Flamm

L’IHES tient chaleureusement à remercier tous les participants et participantes de cette matinée inspirante.

Entretien avec Hélène Esnault

La semaine du 22 avril 2024, l’IHES a accueilli une conférence en l’honneur de la mathématicienne Hélène Esnault, spécialiste mondialement reconnue dans le domaine de la géométrie arithmétique. Retrouvez nos trois questions à Hélène Esnault ci-dessous.

La photo ci-dessus montre Hélène Esnault, Marco D’Addezio et Alexander Petrov.

La semaine du 22 avril 2024, l’IHES a accueilli une conférence en l’honneur d’Hélène Esnault, spécialiste mondialement reconnue dans le domaine de la géométrie arithmétique. Retrouvez nos trois questions à la mathématicienne ci-dessous.

Hélène, ta première visite scientifique à l’IHES date de 1988 et tu étais membre du conseil scientifique de l’IHES de 2015 à 2023. Pourrais-tu nous en dire plus sur ta relation avec l’Institut ?

Je suis venue pour la première fois à l’IHES au début des années 1980 pour discuter de ma thèse d’État avec Pierre Deligne.

La thèse d’État est plus ou moins l’équivalent de ce qu’on appelle aujourd’hui l’habilitation à diriger des recherches (HDR). A l’époque, la thèse d’État comprenait deux volets. La première partie consistait en l’exposition de ses propres travaux de recherche. Pour la « deuxième thèse », on se voyait attribuer un sujet autre que celui sur lequel on travaillait directement et il fallait rendre compte de l’état de la recherche dans ce domaine. L’idée était de s’assurer que les futurs chercheurs et chercheuses étaient capables de comprendre les grandes lignes de sujets qui ne leur étaient pas directement familiers.

Jean-Louis Verdier s’était proposé pour être mon Directeur de Thèse d’État. Il m’a suggéré d’aller voir Pierre Deligne à l’IHES pour discuter d’un sujet de deuxième thèse. C’était très intimidant. A ma surprise, il a tout de suite accepté de diriger ma deuxième thèse et j’ai finalement travaillé sur la préservation de la perversité par le foncteur des cycles évanescents. C’est un sujet très technique dont je n’ai pas alors, et peut-être encore maintenant, saisi toutes les subtilités. En particulier, ma compréhension d’un point était vague et Deligne craignait qu’Ofer Gabber me reprenne lors de la soutenance. Il m’a expliqué comment répondre à une éventuelle question d’Ofer sur ce point. Sa question ne s’est effectivement pas fait attendre mais la réponse que m’avait soufflée Deligne eut l’effet escompté et je m’en suis sortie. Je vois encore le sourire sur les lèvres de Deligne lors de cette question. Son accueil, sa bienveillance, sa confiance intellectuelle m’ont accompagnée, dans les moments de joie mathématique jusqu’aux heures sombres, notamment quand Eckart Viehweg, mon compagnon puis mari, est décédé en 2010. Pierre m’a invitée chez lui à Princeton, m’a offert son temps et de magnifiques discussions.

Je suis venue au fil des années plusieurs fois pour une visite scientifique à l’IHES, parfois avec Eckart. Dans la première période, Marcel Berger en était encore le Directeur. Il m’avait même gentiment invitée à dîner chez lui un soir. Tout nous séparait, nos mathématiques très différentes, nos vues politiques et culturelles, mais les discussions étaient courtoises. Plus tard, Jean-Pierre Bourguignon était le Directeur. Jean-Pierre s’intéresse à l’Allemagne, parle aussi allemand, cela crée une connivence. J’ai toujours gardé de bonnes relations avec l’Institut depuis et c’était donc un plaisir pour moi que de répondre favorablement à l’invitation d’Emmanuel Ullmo, le Directeur actuel, et des professeurs permanents de l’IHES de rejoindre le conseil scientifique de l’Institut en 2015. Ici, j’ai rencontré des personnes merveilleuses. En témoigne une petite anecdote. Le physicien Slava Rychkov m’avait proposé de me conduire en voiture à Bures un samedi matin de Conseil Scientifique, son domicile n’étant pas loin du lieu où je résidais. Dans la voiture, nous avons parlé poésie, puis, pris de passion, avons déclamé à voix haute des vers en russe, en allemand et en français. C’était superbe, et nous avons… raté la sortie de l’autoroute. Nous étions penauds d’arriver (un peu) en retard. D’une façon générale, je me sens vraiment bien à l’IHES, la gentillesse et l’attention de tout le personnel dans son ensemble sont un rayon de soleil. Pouvoir échanger avec Dustin Clausen, Maxim Kontsevitch ou Emmanuel Ullmo est un privilège et un plaisir.

Nous venons de célébrer ton anniversaire avec une conférence qui a connu un engouement formidable : jamais nous n’avions eu autant de demandes d’inscription pour une conférence scientifique. Que retiens-tu de cette semaine à l’IHES ?

Tout d’abord que les mathématiques sont une formidable aventure humaine ! Cela fait longtemps que les mathématiques sont une entreprise collective internationale. C’est un aspect qui me tient particulièrement à cœur et je suis heureuse de voir que cette diversité a été visible lors de cette conférence. Le poids de l’origine sociale et culturelle est beaucoup moins important en mathématiques que dans d’autres disciplines. Pour ma part, les mathématiques ont joué un rôle clé dans mon émancipation. Je suis toujours fascinée de voir à quel point cette activité intellectuelle permet le rapprochement entre des personnes d’origines très différentes. Il est également marquant de voir que les mathématiques font abstraction de l’âge. Les barrières générationnelles n’existent pas en mathématiques ! Le travail des jeunes mathématiciennes et mathématiciens m’émerveille. J’ai eu l’immense chance d’encadrer mes étudiantes, étudiants, et de jeunes mathématiciennes, mathématiciens au début de leur carrière. Elles et ils m’ont tant appris. C’est d’ailleurs principalement grâce à elles et à eux que cette conférence a vu le jour et je tiens chaleureusement à les remercier pour l’organisation de cette semaine extraordinaire. Je n’oublie pas non plus mes collègues de longue date, certains avec lesquels je travaille depuis maintenant plus de 40 ans ! Comme évoqué plus haut, nos relations vont bien au-delà du cadre professionnel. Le concert de piano d’Yves André lors de la première journée de la conférence est un touchant témoignage de ces relations d’amitié, qui m’a profondément émue.

Finalement, la qualité des exposés était remarquable. Je pense que la conférence a montré que la géométrie arithmétique est un domaine particulièrement dynamique, à la pointe des mathématiques. Beaucoup de nouvelles méthodes ont récemment été introduites en géométrie arithmétique dont le potentiel reste encore à exploiter.

Le concert de piano d'Yves André
Le concert de piano d’Yves André lors de la conférence en l’honneur d’Hélène Esnault

Tes travaux avec Michael Groechenig ont permis à Jonathan Pila, Ananth N. Shankar et Jacob Tsimerman de résoudre en 2021 la conjecture de André-Oort. Quels sont les problèmes ouverts en géométrie arithmétique auxquels tu continues de réfléchir aujourd’hui ?

J’aimerais davantage comprendre les liens entre la géométrie de certaines variétés projectives lisses et l’existence de points rationnels sur ces variétés quand le corps de base est un corps C1 (généralisant la notion de corps algébriquement clos). Ce programme de recherche a été initié par Yuri Manin dans les années 1960 et marque le début de la recherche d’interconnexions entre certaines propriétés géométriques et certaines propriétés arithmétiques. Par exemple la conjecture de Lang-Manin prédit qu’une variété projective lisse rationnellement connexe possède un point rationnel sur un corps C1. Nous avons des résultats partiels pour certains corps dont on sait qu’ils sont C1. J’ai montré la conjecture sur un corps fini en 2002. Nous savons aussi que la conjecture est vraie sur certains autres corps. Nous n’avons pas de liste exhaustive des corps C1, mais il y a des corps très « en vogue » dont on conjecture qu’ils sont C1, comme le corps des fonctions de la droite projective twistée ou celui de la courbe de Fargues-Fontaine.

Dans un autre domaine, plus proche des méthodes que tu mentionnes dans ta question, nous avons démontré en 2010 avec Vikram Mehta une conjecture de David Gieseker stipulant qu’une variété projective lisse géométriquement simplement connexe sur un corps parfait en caractéristique p n’admet pas de fibrés stratifiés non constants. Une conjecture de Johan de Jong prédit un résultat analogue pour les isocristaux. Avec Atsushi Shiho, nous avons obtenu un petit résultat dans cette direction mais nous sommes encore loin de comprendre la conjecture en toute généralité. On peut penser qu’il existe un lien entre cette conjecture, le programme de Langlands, et je l’espère, certaines idées que nous essayons de développer en ce moment avec Michael Groechenig.

Ce sont deux exemples de directions dans lesquelles je serais vraiment heureuse de comprendre un peu plus. D’autres questions, en lien avec mes travaux avec Moritz Kerz sont plus difficiles à brosser en quelques mots. Je préfère les laisser de côté pour cet entretien.

Hélène Esnault et Moritz Kerz
Hélène Esnault et Moritz Kerz

 

Conférence par Amandine Aftalion, organisée par les Amis de l’IHES

Amandine Aftalion donnera une conférence le jeudi 13 juin 2023 à 18H00 dans le Centre de conférences Marilyn et James Simons et sur Zoom.

Nouvelle conférence grand public organisée par Les Amis de l’IHES le jeudi 13 juin 2024, 18H00 (heure française) à l’IHES.

Amandine AFTALION  (CNRS, Centre d’analyse et de mathématiques sociales, EHESS) a donné une conférence grand public (en français) intitulée :

« La science au service de la performance des sportifs. »

Pourquoi les sprinteurs décélèrent-ils avant de passer la ligne d’arrivée ?
Pourquoi vaut-il mieux courir derrière quelqu’un ?
Comment ajuster au mieux sa vitesse pour faire le meilleur temps ?
Cela dépend de l’effort fourni, de l’énergie dépensée, de la motivation car l’être
humain n’est pas un robot et son mouvement est commandé par son cerveau.

À ces questions et quelques autres (Pourquoi la balle de golf a-t-elle des alvéoles ?
Pourquoi nage-t-on mieux légèrement sous l’eau), Amandine Aftalion répond en
s’appuyant sur des notions de physique et de mathématiques, présentées de
façon simple et agréable, et nous permet de mieux comprendre quelques règles
pour améliorer la pratique sportive.

La conférence sera suivie d’une séance de dédicace de l’ouvrage de la conférencière :

« Pourquoi est-on penché dans les virages, le sport expliqué 
par les sciences en 40 questions » (CNRS, Août 2003)

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Contact : Ingrid Peeters

Hommage d’Emmanuel Ullmo à Jim Simons

Lorsque j’ai pris la direction de l’IHES en 2013, l’un des défis était de maintenir la qualité des relations tissées jusqu’ici avec les principaux mécènes de l’Institut, à commencer par Jim et Marilyn Simons, nos plus grands donateurs.

Lorsque j’ai pris la direction de l’IHES en 2013, l’un des défis était de maintenir la qualité des relations tissées jusqu’ici avec les principaux mécènes de l’Institut, à commencer par Jim et Marilyn Simons, nos plus grands donateurs.

Jim, brillant mathématicien, spécialiste de la géométrie différentielle, connaissait très bien l’IHES, où il avait fait un premier séjour dans les années soixante-dix. Sur le plan scientifique, il avait des liens étroits avec les deux directeurs qui m’ont précédé à la tête de l’Institut. Jim s’est ainsi illustré sur des sujets directement reliés aux travaux de Marcel Berger, géomètre riemannien à large spectre, qui a dirigé l’IHES de 1985 à 1994. Il a également été l’un des mentors de Jean-Pierre Bourguignon, qu’il a fait venir à la State University of New York à Stony Brook, devenue depuis Stony Brook University, dont il dirigeait alors le département de mathématiques. Issu quant à moi d’une autre spécialité, la géométrie algébrique et arithmétique, j’ai connu Jim d’abord et avant tout en tant que grand mécène, notamment en faveur des sciences fondamentales. Je lui suis d’autant plus reconnaissant pour la confiance qu’il m’a accordée et pour le soutien personnel infaillible qu’il m’a témoigné.

Après s’être imposé de manière remarquable en mathématiques et en finance, Jim s’est donc distingué à nouveau en tant que philanthrope, aux côtés de Marilyn, avec qui il a co-fondé la Fondation Simons. Au-delà de son exceptionnelle générosité, Jim s’engageait personnellement pour les institutions qui lui tenaient à cœur, en leur partageant ses conseils et son expertise, en leur donnant de son temps et en les introduisant auprès de son réseau. J’ai été très honoré que Jim rejoigne le Conseil d’administration de l’IHES en 2014 et qu’il participe régulièrement à nos réunions bi-annuelles, alors même que celles-ci se tiennent dans la matinée en France, quand il fait encore nuit à New York ! Tous les membres du Conseil d’administration se souviennent de Jim se connectant à quatre heures du matin, un café dans une main, une cigarette dans l’autre. Quand il le pouvait, Jim se rendait même en France pour assister au Conseil d’administration en personne – son dernier passage à l’Institut avec Marilyn a eu lieu en mai 2022, il y a moins de deux ans.

En plus du soutien financier considérable qu’il a consacré à l’IHES, Jim n’a ainsi eu de cesse d’aider l’Institut de toutes les manières qu’il le pouvait, en Europe comme aux États-Unis. D’une grande disponibilité et fiabilité, Jim et Marilyn ont participé à tous les galas de Friends of IHES, notre institution partenaire aux États-Unis, et ils ont accueilli personnellement de nombreux dîners organisés pour nos donateurs. Ils se sont aussi rendus à des événements de levée de fonds en Californie, à Boston ou encore à Londres. Jim, avec l’humour et le franc-parler qui le caractérisaient, faisait des sollicitations très directes pour encourager d’autres mécènes à nous soutenir à leur tour, et beaucoup de nos donateurs ont découvert l’Institut et se sont engagés à nos côtés grâce à lui. A plusieurs reprises, Jim et Marilyn ont aussi promis à l’IHES ou à Friends of IHES des « challenge gifts » ou des « matching gifts » avec des objectifs précis à atteindre pour pouvoir bénéficier de leurs dons, nous offrant par là même une superbe opportunité d’étendre notre réseau et d’approcher de nouveaux donateurs. Ce-faisant, ils nous ont tiré vers le haut et ont accompagné nos efforts philanthropiques bien au-delà de leurs propres dons.

En 2021, Jim et Marilyn ont rejoint le Conseil d’administration de Friends of IHES avant d’en prendre la co-présidence en 2022. C’est dans ce cadre que Jim a décidé de lancer des fonds propres pour l’IHES aux États-Unis, complémentaires de ceux dont dispose l’Institut en France, avec une gestion plus dynamique pilotée par un comité d’investissement qu’il a initialement dirigé. Ce projet, qui aura un impact durable sur l’Institut, a remporté un succès immédiat et s’est avéré être un véritable accélérateur pour la levée de fonds de Friends of IHES. Dans les trois carrières qui ont été les siennes – mathématicien, pionnier de la finance quantitative et philanthrope – Jim était ainsi un véritable visionnaire, charismatique et hors du commun.

Si sa disparition laisse un grand vide, ceux qui ont connu Jim se savent aussi emplis d’une profonde gratitude. L’héritage qu’il nous confie désormais est immense.

Hommage de Jean-Pierre Bourguignon à Jim Simons

James Harris Simons, que tout le monde appelait Jim, est décédé vendredi 10 mai des suites d’une longue maladie après une vie hors norme, comme mathématicien, comme investisseur créant de nouveaux standards et comme philanthrope.

James Harris Simons, que tout le monde appelait Jim, est décédé vendredi 10 mai des suites d’une longue maladie après une vie hors norme, comme mathématicien, comme investisseur créant de nouveaux standards et comme philanthrope.

Jim a été un mathématicien exceptionnel car peu de mathématiciens ont contribué, comme lui, par trois résultats majeurs appartenant à des domaines distincts, même s’ils sont tous apparentés d’une façon ou d’une autre à la géométrie différentielle : dans sa thèse, il a développé son approche, conceptuelle, de l’identification des groupes d’holonomie des métriques riemanniennes (revisitant la thèse de Marcel Berger, directeur de l’IHES de 1985 à 1994) ; il a découvert la possibilité pour des hypersurfaces minimales de la sphère d’être singulières à partir de la dimension 8 et enfin, à partir de l’analyse du terme de bord d’un invariant de dimension 4, il a introduit la fonctionnelle de Chern-Simons, un concept dont l’impact a été considérable au-delà des mathématiques, en physique théorique notamment. Et tout cela en l’espace de 15 ans !

C’est d’abord en tant que mathématicien que j’ai une dette envers Jim parce qu’en 1972 il m’a invité à Stony Brook à rejoindre un département qui ne comptait pas moins de 14 géomètres différentiels, beaucoup très jeunes comme Yau Shing Tung et la plupart attirés par Jim lui-même. Là-bas je lui dois aussi d’avoir été exposé, un peu avant le milieu des années 1970, au début des interactions très positives entre mathématiciens et physiciens théoriciens autour des théories de jauge grâce à l’excellente qualité du département de physique de l’Université. Y était notamment installé Yang Cheng Ning avec qui Jim était en relation, ce qui n’était pas commun à l’époque. C’est dans ce cadre qu’un peu plus tard, inspirés par un travail mathématique présenté par Jim dans une conférence à Tokyo peu de temps avant sa nouvelle vie d’investisseur, Blaine Lawson et moi avons obtenu un résultat dont il a finalement accepté de cosigner l’annonce. Pour qu’il le fasse, nous avons dû insister lourdement, alors qu’il arguait du fait de ne pas avoir contribué directement à notre résultat. Certes nous avions résolu une question en dimension 4, qui était le cas qui intéressait les physiciens, alors que son travail concernait la dimension 5 et les dimensions plus grandes.

D’autres que moi sont compétents pour commenter la rupture méthodologique dans le monde de la finance qu’a été la création de Renaissance Technologies par Jim et quelques amis et son succès exceptionnel, qui l’a fait accéder au statut de milliardaire en une quinzaine d’années.

Son épouse Marilyn et lui ont, dès 1994, mis sur pied la Simons Foundation qui leur a permis d’apporter un soutien très substantiel à nombre de projets de recherche fondamentale, d’abord autour de l’autisme et des mathématiques, puis ensuite bien plus largement. Devenu directeur de l’IHÉS et faisant face à une situation financière difficile, j’ai beaucoup apprécié qu’il me propose de lui-même en 1998 de faire une donation à l’Institut, la première d’une longue série. Mais leur aide a pris un tour structurant quand l’IHÉS a développé, sur son conseil notamment et avec leur soutien, une politique de recherche de mécènes à l’échelle internationale, la seule qui sied à un institut par nature complètement ouvert sur le monde. Ce fut le début d’une longue aventure pendant laquelle leur contribution a souvent fait la différence.

Leur soutien a été notamment décisif pour édifier à l’Institut le Centre de conférences qui porte leur nom. C’est devenu un outil fondamental pour compléter la panoplie d’outils permettant les échanges et le partage d’idées scientifiques dans les meilleures conditions.

La dernière étape de l’implication de Jim dans la vie de l’IHÉS a été sa nomination comme membre du Conseil d’administration en 2014 puis la consolidation des Friends of IHES aux États-Unis, sous sa houlette et celle de Marilyn, avec constitution de fonds propres doublés par la Simons Foundation International.

Cette relation d’amitié d’une qualité exceptionnelle, qui a eu un impact si fort sur ma vie professionnelle, a trouvé une forme de consécration dans l’entretien qu’il m’a donné l’an dernier, à l’initiative de Dennis Sullivan, à la veille de son 85ème anniversaire, présentant la naissance de la théorie de Chern-Simons. Je lui en suis très reconnaissant.

Interagir avec Jim a toujours été un plaisir tant il savait se montrer à l’écoute, passionné qu’il était par la découverte, fille de la curiosité. Mû par le sens d’une mission, il était toujours disponible pour explorer d’autres façons d’apporter un soutien. On ne peut évoquer Jim sans mentionner son grand sens de l’humour et de l’auto-dérision, ce qui ne va pas de soi pour une personne qui a atteint les sommets qu’il a côtoyés. Un grand créateur vient de nous quitter, et j’ai personnellement perdu un ami à qui je dois tellement.

Hommage à Jim Simons

C'est avec une très grande tristesse que l'IHES partage la nouvelle du décès de Jim Simons, survenu ce vendredi 10 mai 2024. Jim était à la fois un mathématicien de premier plan, une figure légendaire du monde financier et un philanthrope visionnaire, inspirant et généreux.

C’est avec une très grande tristesse que l’IHES partage la nouvelle du décès de Jim Simons, survenu ce vendredi 10 mai 2024.

Jim Simons était à la fois un mathématicien de premier plan, une figure légendaire du monde financier, connue pour avoir révolutionné l’investissement quantitatif, et un philanthrope visionnaire, inspirant et généreux.

Il a présidé le département de mathématiques de l’Université Stony Brook dans l’Etat de New York et ses avancées mathématiques au cours de cette période ont été déterminantes pour des domaines tels que la théorie des cordes, la topologie et la physique de la matière condensée.

En 1978, Jim a fondé ce qui allait devenir Renaissance Technologies, un fonds spéculatif pionnier du trading quantitatif devenu depuis l’une des sociétés d’investissement les plus rentables de l’histoire. Jim s’est ensuite attaché à avoir un impact positif sur le monde à travers  la Fondation Simons, Simons Foundation International, Math for America and et d’autres efforts philanthropiques, visant notamment à soutenir les mathématiques et les sciences fondamentales.

Jim a visité l’IHES pour la première fois dans les années soixante-dix et il est toujours resté très proche de l’Institut depuis. Avec son épouse Marilyn, ils sont les donateurs les plus importants de l’Institut et leur soutien, unique et sans précédent, a été complètement transformateur pour l’IHES. Le bâtiment le plus emblématique de l’Institut, le Centre de Conférences Marilyn et James Simons, qui accueille les événements phares et les grandes conférences scientifiques internationales, porte leur nom.

Jim s’est aussi personnellement impliqué pour assurer le succès et le développement de l’IHES. Il était membre du conseil d’administration de l’IHES depuis 2014. En 2022, Jim et Marilyn Simons ont également pris la tête de Friends of IHES, l’organisation partenaire de l’Institut aux États-Unis. Ils ont créé des fonds propres pour l’IHES en Amérique du Nord, complémentaires de ceux qui existent en France.

En reconnaissance de tout le soutien qu’il a apporté à l’IHES, et plus généralement aux mathématiques et à la recherche fondamentale, Gérard Araud, alors Ambassadeur de France aux Etats-Unis, a remis à Jim Simons les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur en 2016. Jim a ainsi joué un rôle clé pour faciliter le dialogue et la coopération scientifiques à l’échelle internationale.

L’IHES et toute sa communauté sont profondément attristés par sa disparition et s’associent au deuil de Marilyn et de l’ensemble de la famille Simons.

« Ces derniers jours, les hommages à Jim Simons se sont succédés dans les médias et sur les réseaux sociaux. A mon tour, je tiens à saluer la figure légendaire qu’était Jim.
Nous sommes nombreux dans l’industrie et la finance, souvent issus d’une formation scientifique, à avoir gardé un goût prononcé pour les mathématiques, pour leur élégance, pour leur beauté. Certains d’entre nous continuent même à suivre de près les dernières avancées dans nos domaines scientifiques de prédilection. Rares sont ceux parmi nous qui ont démarré leur carrière par la recherche et un parcours académique, plus rares encore, ceux qui excellaient dans celui-ci.
Brillant mathématicien, Jim faisait donc déjà figure d’exception quand il s’est lancé dans la finance de marché. Son ascension extraordinaire à la tête de Renaissance Technologies l’a rendu véritablement unique en son genre.
Et pourtant, au-delà de ses exploits sur le plan scientifique et financier, c’est certainement la portée de son action philanthropique qui est la plus remarquable. En tant que président de IHES, qui a bénéficié de la générosité sans faille de Jim, de son épouse Marilyn et de leur fondation depuis plus de 25 ans, j’ai pu admirer l’impact de leur engagement et de leur soutien.
C’était un honneur mais aussi un vrai plaisir que de compter Jim parmi les membres du conseil d’administration de l’Institut. »
— Marwan Lahoud, Président du conseil d’administration de l’IHES

Retrouvez l’hommage personnel d’Emmanuel Ullmo ici.

Retrouvez l’hommage personnel de Jean-Pierre Bourguignon ici.

Retrouvez l’hommage de Jean-Pierre Bourguignon et Antoine Georges publié dans Le Monde ici.

Retrouvez l’hommage personnel de Thibault Damour (en anglais) ici.

Retrouvez l’hommage personnel de Vasily Pestun ici.

Retrouvez le texte Jim Simons’ Return to Mathematics de Dennis Sullivan (en anglais) ici.

Retour sur la conférence de Catherine Goldstein et Clémence Perronnet

Le jeudi 4 avril, l’IHES a accueilli plus d’une centaine de participantes et participants, dont un grand nombre d’étudiantes et d’étudiants de l’Université Paris-Saclay et de l’École polytechnique, pour une conférence de Catherine Goldstein et Clémence Perronnet sur les modèles féminins en science et plus particulièrement en mathématiques. Cet événement a marqué le début du passage de l’exposition « Just Do Maths » à l’Institut.

Le jeudi 4 avril, l’IHES a accueilli plus d’une centaine de participantes et participants, dont un grand nombre d’étudiantes et d’étudiants de l’Université Paris-Saclay et de l’École polytechnique, pour une conférence de Catherine Goldstein et Clémence Perronnet sur les modèles féminins en science et plus particulièrement en mathématiques. Cet événement a marqué le début du passage de l’exposition « Just Do Maths! » à l’Institut (voir ci-dessous).

Après les mots de bienvenue d’Emmanuel Ullmo, directeur de l’Institut, et de Pierre Pansu, directeur de la Graduate School Mathématiques, et avant de donner la parole aux conférencières, Audrey Antoine, étudiante du master d’algèbre appliquée et modératrice de l’événement, a témoigné de son propre parcours et de l’importance de modèles comme celui de Susanna Zimmermann, enseignante-chercheuse au laboratoire de mathématiques d’Orsay dans la construction de voies du possible pour une éventuelle carrière scientifique.

Catherine Goldstein a ensuite commencé la conférence en donnant son point de vue d’historienne des mathématiques sur des modèles de femmes de sciences souvent citées comme Hypatie ou Sophie Germain. Alors que les sources historiques sont quasi inexistantes pour la première, l’histoire de la seconde est souvent romancée et donnée sans contexte historique. Ainsi, ces modèles contribuent à la diffusion d’images fausses, au mieux stéréotypées sur les femmes en sciences. Catherine Goldstein a donc insisté sur l’importance de témoignages authentiques de femmes scientifiques.

L’intervention de Clémence Perronnet, sociologue, était basée sur le chapitre « Modèles – Les modèles féminins créent-ils des vocations chez les filles ? » du livre « Matheuses », dont elle est co-autrice et qui vient de paraître aux Éditions du CNRS. En s’appuyant sur les témoignages de 45 lycéennes, participantes à un stage de mathématiques au CIRM, elle a analysé l’influence que peuvent avoir les modèles féminins dans la création de vocations chez ces filles, a priori intéressées par les mathématiques. Faisant écho aux remarques de Catherine Goldstein, Clémence Perronnet a montré que l’existence de modèles féminins n’est effectivement pas une condition suffisante pour donner envie à des jeunes filles de s’engager dans la voie scientifique. Elle a souligné qu’il était important de mettre en valeur des femmes scientifiques mais également de veiller à la diversité des profils pour permettre au plus grand nombre de trouver un modèle auquel s’identifier.

L’événement s’est achevé par une session de questions-réponses animée qui s’est prolongée lors du cocktail.

L’enregistrement de la conférence est désormais visible sur la chaîne Youtube de l’Institut.

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L’exposition Just Do Maths!

« Just Do Maths ! » est une exposition de portraits de mathématiciennes conçue par la Graduate School Mathématiques, la DirMarC et l’UFR Sciences de l’Université Paris-Saclay. Après son passage à l’IHES en avril et en mai, elle continuera de voyager sur d’autres campus (AgroParisTech, CentraleSupélec, ENS Paris-Saclay, Évry, Orsay et Versailles) de l’Université. Des événements d’inauguration (rencontres, conférences, tables rondes) ont lieu sur chaque site pour aborder la parité en mathématiques, notamment sous le prisme de l’expérience et de la place des femmes dans ce domaine.

Qube Research and Technologies renouvelle son soutien à l’IHES

En 2024, Qube Research and Technologies (QRT) a renouvelé et revu à la hausse son soutien à l’IHES pour la troisième année consécutive. Ces dons contribuent au soutien des Écoles d’été de l’IHES, qui constituent un moment essentiel de l’activité scientifique de l’Institut, et une occasion unique d’échange et de collaboration.

En 2024, Qube Research and Technologies (QRT) a renouvelé et revu à la hausse son soutien à l’IHES pour la troisième année consécutive.

Qube Research and Technologies est devenu grand donateur de l’IHES en 2022, en faisant un don de €100k aux fonds propres de l’Institut. Ce don a contribué à soutenir les Écoles d’été de l’IHES, qui constituent un moment essentiel de l’activité scientifique de l’Institut, et une occasion unique d’échange et de collaboration.

Organisés autour d’un thème différent chaque année, ces Écoles, qui se déroulent généralement sur deux semaines, s’adressent principalement à des scientifiques en début de carrière. Ils rassemblent un certain nombre de doctorants et post-doctorants, ainsi que des chercheuses et chercheurs plus expérimentés, désireux de transmettre leurs connaissances aux futures générations de scientifiques.

Gestionnaire mondial d’investissements quantitatifs et systématiques, QRT s’appuie fortement sur la recherche et les technologies les plus avancées pour mettre en œuvre une approche scientifique de l’investissement. En soutenant les Écoles d’été de l’Institut, QRT poursuit son engagement en faveur de la recherche académique au plus haut niveau.

En 2023, QRT a renouvelé son soutien aux Écoles d’été organisées à l’Institut en faisant un don de €150k aux fonds propres de l’Institut. Ce don a été renouvelé et revu à la hausse en 2024, atteignant ainsi un soutien de 200k€ aux fonds propres de l’IHES. 

Le renouvellement de ce partenariat a été annoncé à l’occasion du dîner privé organisé par l’IHES en janvier 2024 à Singapour en collaboration avec QRT.  Cet événement exclusif a eu lieu à l’hôtel emblématique Fullerton avec Ariel Neufeld, professeur associé de mathématiques à NTU, qui a proposé un exposé scientifique à cette occasion. D’autres conférences scientifiques ont été organisées par l’IHES et QRT au cours de ces dernières années à Paris et à Londres, notamment avec la participation de Michael Douglas, mathématicien à l’Université d’Harvard, Thibault Damour, physicien théoricien et professeur émérite à l’IHES, ainsi que Rama Cont, professeur de mathématiques titulaire de la chaire de finance mathématique à l’université d’Oxford, visiteur régulier à l’IHES.